Un paquet bien encombrant (suite 1)

  • Mais je croyais qu’en septembre le téléphérique ne marchait pas ?
  • Tu penses bien que nous gendarmes nous avons donné l’ordre de le mettre en marche pour pouvoir évacuer le blessé, ensuite ils auront la montée à faire jusqu’au refuge du grand Col où nous sommes. Je le trouve exigüe on est vraiment les uns sur les autre.
  • C’est bien pour cette raison que je ne pensais pas m’attarder ici, mais avec ce paquet, nous sommes bien obligés d’attendre qu’il soit enlevé.
  • Nous n’avons pas de chance, le Mont Pourri porte bien son nom cette année.
  • Si ce quidam n’avait pas voulu jouer à l’alpiniste nous aurions atteint le sommet.

Au même moment l’homme essaye de se retourner, pour l’instant nous l’appelons l’homme, il ne nous a pas encore décliné son nom. Puis Guillaume a décidé de jouer à celui qui ne l’a pas encore reconnu. Mais sera-t-il dupe de notre stratagème ? Nous n’en savons rien et nous allons bien vite nous en rendre compte. Car il nous demande à boire, il a soif.

  • Avez-vous dans votre sac un thermo de café ou de l’eau ?
  • J’avais une poche d’eau mais si vous ne la voyez pas, c’est qu’elle a dû tomber lorsque j’ai sentis le sol se dérober sous mes pieds.
  • En effet à part votre sac nous n’avons rien trouvé, nous allons vous donner un peu d’eau, mais nous ne savons pas combien de temps vont mettre les secours, il va falloir l’économiser, comme vous êtes blessés c’est vous qui en aurez le plus besoin.

C’est Pierre qui lui tend sa gourde, il boit mais rapidement, Pierre lui ôte le précieux liquide et lui dit

  • cela suffit, nous verrons plus tard. Souffrez-vous ?
  • Oui, pouvez-vous me donner un médicament contre la douleur.

Pierre sort sa trousse de secours, il a emporté tout ce qu’il faut, c’est vraiment un professionnel songe Xavier.

  • Je vais vous faire une dose de morphine, c’est le mieux pour les jambes cassées.
  • Non, je veux un médicament, genre Tramadol .
  • Je n’emporte jamais de comprimés, désolé c’est ça ou rien.
  • Alors rien !
  • Comme vous voulez, mais ne vous plaignez pas si vous avez mal. Acceptez-vous que je vous nettoie votre arcade sourcilière ?
  • Non !
  • Vous avez peur de quoi ? lui crie Xavier
  • Peur moi, vous rigolez, je n’ai peur de rien, la preuve je suis monté sans guide.
  • Bah ! On voit où cela vous a mené, ici avec une jambe cassée et si cela se trouve un traumatisme crânien. Car avec les imbécillités que vous proférez vous avez dû vous taper la tête.

Et Xavier avec son humour décoiffant ajoute :

  • Sur de la roche le choc cela ne pardonne pas ;

Et, en disant ses paroles il a vu sursauter le blessé, Guillaume ne s’est pas trompé c’est bien le frère du Colonel. Si ce n’était que de lui il le filerait au fond d’une crevasse, qu’est venu faire en montagne ce jeune crétin ?  C’est à ce moment que le téléphone de Pierre émet un son, il sonne et s’arrête, il sort un instant et au travers de la cloison nous l’entendons parler. Les gendarmes partent à l’instant du refuge du Mt Pourri, leur ascension sera longue mais toutefois plus rapide que la nôtre car ils sont tous expérimentés, mais ils ne pensent pas arriver avant la nuit, du coup et bien que cela lui en coûte Pierre prend la décision de demander à ses hommes d’attendre le lendemain, car ne pouvant pas redescendre à la nuit, ici nous allons être trop nombreux. Et, c’est ce que nous explique Pierre lorsqu’il est de retour. Puis il ajoute

  • Vous allez devoir passer la nuit avec nous, j’espère que vous avez de quoi manger dans votre sac à dos ? Car nous n’avons pas emporté votre dîner, Monsieur ?

Mais l’homme ne lui répond pas, il gémit de douleur, aussi Pierre qui en a marre de ses tergiversations, le pique d’autorité, l’autre a bien essayé de le lui interdire, mais devant la force de Xavier qui l’a maintenu sur la couchette improvisée, il a cessé de se débattre et s’est laissé faire. Rapidement il sombre dans un sommeil lourd, la morphine sera notre meilleure alliée. Nous allons prendre chacun un quart lorsque la nuit sera là. Il ne faut pas que ce type nous prépare un sale coup, nous ne lui avons pas fait les poches, et comme il était le grand ami du Commandant Ben il a dû aller à bonne école concernant les armes blanches. Toutefois il n’est pas vraiment en état de se jeter sur l’un d’entre nous, mais il peut avoir des ressources que nous ne connaissons pas. Pendant qu’il dort d’un profond sommeil nous mangeons. Comme nous ignorons si cet énergumène a emporté un repas nous faisons 5 parts de manière qu’il puisse manger, nous espérons que la dose va l’endormir longuement mais Pierre ne lui a pas administré une dose de cheval, juste une dose qu’il avait dans sa trousse. Comme il dort et que Pierre ne le trouve pas agité nous en profitons pour sortir et décider d’un plan de bataille, il nous faudrait l’interroger mais il esquive, il doit bien se douter que l’un d’entre nous le connait, surtout depuis que Xavier l’a poussé à réagir, certes il a soigneusement évité de le montrer mais nous avons guetté sur son visage le moindre changement et à l’évocation de son nom il a réellement changé de couleur. Finalement Bastien s’est décidé à appeler chez lui, déjà pour avertir que nous ne redescendrions pas ce soir, et il demande à Clémentine si Rosine est dans le coin. Devant son assentiment il demande à sa femme d’appeler leur fille. Celle-ci est fine mouche et comprend rapidement qu’il s’est passé quelques choses si son père demande à lui parler.

  • Bonjour Papa, tu vas bien ? Tu es monté sur le Mont Pourri ?
  • Non, il y a du mauvais temps, nous le ferons demain, mais je voulais te demander, tu n’aurais pas oublié de me dire quelques choses ?

Si Bastien avait vu sa fille à ce moment, il se serait rendu compte que la petite fille était fort ennuyée, en effet elle lui le dira plus tard elle avait compris immédiatement à quoi son père faisait allusion, aussi en petite fille assez sage elle prend rapidement les devants et lui réponds :

  • J’ai vu un homme vers l’hôtel et je l’ai observé à la jumelle, mais je ne l’ai dit à personne sauf à mon copain et, ah oui je me souviens il y avait Mathéo, c’est lui qui en a parlé à Guillaume.
  • Oui, Mathéo en a fait part à ton oncle, seulement Guillaume n’a pas pu nous le dire avant que nous partions et maintenant nous sommes bien ennuyés.
  • Pourquoi papa, je ne l‘ai pas vu aujourd’hui.
  • Passe-moi ta maman, mais je ne veux plus que tu ne sois intrépide, tu as bien le temps d’être la chef de tes hommes, quand tu l’as vu ce Monsieur tu as pensé à qui ?
  • C’est le Monsieur qui était avec celui que tu as appelé le Commandant Ben.
  • Les gentils Messieurs qui sont venu saccager ta chambre, tu vois Rosine ne prends plus d’initiative seule, je veux que tu nous dises ce genre d’événements, car ces hommes sont dangereux. Tu m’as bien compris.
  • Oui papa ! Tiens je te passe maman.
  • Clémentine, Rosine connaissait un élément qui nous aurait mis la puce à l’oreille si elle nous l’avait dit mais comme à son habitude elle en a fait qu’à sa tête.

Nous laissons Bastien discuté avec sa femme, pendant ce temps nous prenons nos dispositions pour somnoler sans vraiment dormir, mais nous sommes tous des hommes d’action et cela ne nous fait pas peur, mais comment va se comporter notre blessé. Pierre a décidé de lui soigner l’arcade sourcilière et au moment où l’aiguille s’enfonce dans sa chair il a vu les deux yeux bleus du blessé s’ouvrir et des injures lui sont sorties de la bouche comme un torrent de boue.

  • Puisque vous êtes aussi désagréable à compter de ce jour lundi 10 septembre à 20 h moi Pierre, mon nom ne vous dira rien, Commandant du peloton de gendarmerie de Haute montagne je vous signifie que je décline toute responsabilité concernant l’évolution de votre chute. Si vous voulez mourir je peux vous ramener sur les lieux de votre accident et vous vous démerderez tout seul, j’attends vos ordres.

Le frère du Colonel n’aggrave pas son cas, il se tait et nous le laissons à son triste sort, tout en guettant en professionnel que nous sommes tout changement de son état général. Nous n’avons nullement l’intention de l’achever comme voulait le faire l’ami Xavier, excédé que Pierre soit à ses petits soins. Mais ce dernier lui a fait comprendre que malgré la suffisance de cet homme il ne peut cautionner ce qu’il dit. Bien entendu que Xavier est aussi comme nous tous un homme d’honneur et qu’il ne le ferait pas, c’était juste une parole en l’air et un peu ce que nous pensions lorsqu’au cours de la nuit il a fallu agir pour se protéger de ce fou furieux.  Bastien ayant travaillé toute la semaine a préféré prendre le premier quart de manière à ne pas être réveillé en plein sommeil. Les deux premiers quarts s’étaient passés de la meilleure façon, l’homme dormait, même si dans son sommeil il gémissait car la douleur devait être forte, sa jambe faisait un angle mort, son tibia et son péroné devaient être cassés et déplacés, il ne s’était pas loupé. Pierre n’avait pu réduire la fracture mais cet homme devait avoir une tonne de choses à cacher puisqu’il redoutait de parler sous la morphine comme le font certains patients et c’était la raison pour laquelle il avait refusé la seconde.

La troisième partie de la nuit incombe à Guillaume, nous avons tirés au sort pour voir qui prenait les quarts après Bastien, Pierre n’était pas très chaud au départ que Guillaume s’y colle, mais ce dernier l’a voulu. Et, heureusement que Pierre a feint de dormir quand brusquement il a vu le blessé se relever et lancer à toute volée un couteau en direction de Guillaume. La lame a atteint son torse, légèrement au-dessus du cœur, heureusement qu’il avait gardé son blouson car malgré sa blessure le frère La Roche a lancé avec précision et force son couteau. De suite le refuge exiguë voit se lever Pierre qui se précipite vers Guillaume qui tient à deux mains le couteau, mais Bastien et Xavier sont aussi réveillé ils se précipitent vers le dangereux blessé et le collent à la paroi du lit. Pendant que Xavier prends une corde qui leur sert à s’encorder, Bastien lui assène un coup au menton.  L’homme s’effondre sur la couchette ce qui fait dire à Xavier :

  • Mon Commandant on aurait dû vous demander de lui en donner un autre tout à l’heure cela lui aurait évité de prendre son couteau.
  • Ce que nous aurions dû faire c’est le fouiller proprement et simplement. Il n’aurait pas lancé le couteau à Guillaume. Maintenant attachons-le.

A suivre…

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