Marion

 

 

Lorsque Marion entend pleurer sa mère, elle se précipite à l’intérieur de la chambre, ouvre les volets et à son tour 
comprend, sa grand-mère a quitté le monde des vivants. Elle la regarde, elle la trouve belle dans la mort, son visage a l’ombre d’un sourire, elle est allée retrouver son « Pierrot « 
comme elle doit être heureuse. Elle prend sa mère dans ses bras, sanglotent un peu et se ressaisissent. Il faut vite qu’elles appellent les autres, en espérant qu’ils ne soient pas trop loin sur
la route. Pourvu que le frère de Marion n’est pas déjà pris son train. Marion lui téléphone rapidement et l’informe de ce qui vient de se passer, il se charge d’appeler son père et ses oncles,
comprenant que sa mère a d’autres choses à penser et lui dit qu’il rentre sur Paris et reviendra pour l’enterrement, il ne peut pas laisser son travail comme cela, il préfère faire ainsi, Marion
le comprend, elle-même, la petite dernière est encore en vacance, elle va épauler sa mère et après elle rentrera, quand les choses seront réglées. Pour l’instant elle est un peu sous le choc,
surtout lorsqu’après avoir téléphoné à son parrain elle l’entend dire, elle nous a fait un sale coup, elle a honte des propos de son oncle, elle ne le comprend pas mais elle n’insiste pas et le
laisse maugréer tout bas. Que doivent penser les jumeaux à peine âgés de 5ans devant les propos de leur papy se dit-elle.

Marion arrête la comtoise à l’heure approximative de la mort de sa grand-mère comme cette dernière lui l’avait demandé il
y a à peine quelques semaines quand avec sa petite fille elle avait évoqué son départ définitif de cette terre ou elle n’avait plus rien à faire puisqu’on lui imposait de partir de son chalet.
Marion la comprenait, du reste elle avait proposé à ses parents de rester avec Bonne Maman, mais son père s’y était opposé, mais aujourd’hui elle regrettait de ne pas lui avoir tenu tête. Surtout
qu’elle avait fêté ses 18ans il y avait une semaine. Qui sait pense-t-elle si elle avait dit à sa grand-mère qu’elle resterait avec elle l’hiver, possible qu’elle ne serait pas morte. En
attendant le médecin, elle en discute avec ses cousines qui elles aussi étaient resté pour dire au revoir à leur grand-mère, elles ne savent que lui dire mais repensent à leur journée et se
disent elles aussi que leur grand-mère a eu une belle mort et que dans un sens elle ne saurait jamais que ses fils étaient partis sans l’embrasser.

Quelques jours plus tard ils sont tous réunis dans la petite chapelle pour un dernier adieu à leur aïeule, même le père de
Marion et son cousin du Québec sont là. Il y a eu un dernier débat pour savoir où ils allaient l’enterrer mais Marion et sa mère ont tenu bon, elle voulait rester dans son village et bien nous la
laisserons dans son cimetière au côté de Bon Papa Pierre. Pour éviter la polémique ses frères se sont inclinés. Ils ont fermé la maison et ils sont tous partis vaquer à leurs occupations en se
promettant de se revoir ici dans un an.

Aujourd’hui c’est le 14 juillet mais ce n’est pas un an après c’est dix ans plus tard, en effet ils sont revenus les deux
premières années puis, ils ont vidés la maison et petit à petit ils ont espacés leur déplacement dans ce village qui au fil des ans s’est dépeuplé totalement. Aujourd’hui Marion est de retour
avec un de ses cousins, la maison est glaciale mais ils ouvrent les volets et le soleil éclaire l’intérieur modeste ou ils ont vécus des vacances inoubliables lorsqu’ils étaient enfants. Au sol
une photo jaunie oubliée lors du dernier déménagement, ils se penchent dessus et à la vue de leurs bouilles d’enfants se souviennent de tout ce qu’ils ont vécu chez leur grand-mère adorée.

Que sont-ils venu faire après toutes ces années, ce village est vide d’habitants, ici ou là des maisons sont à moitié
écroulés, celle de leur grand-mère tient comme par magie mais il va falloir l’étayer, Jack qui est architecte va s’occuper de ça et après il leur faudra tirer des plans sur la comète. Voir par
quels bouts ils vont commencer. Car ils font partie d’une association qui a décidé de réhabiliter les vieux villages abandonnés et Marion et Jack ont de suite pensé à Mamie Marie qui serait
heureuse de voir que deux de ses petits enfants ont envie de le faire revivre. Ils sont là en éclaireurs pour dire quels sont les besoins de leur village et de voir à quelles portes ils vont
devoir frapper. Ils devisent tranquillement lorsqu’il voit arriver un promeneur, de loin ils ignorent qui il est, connu ou inconnu. Jack opte pour un randonneur qui va dormir dans une maison
abandonnée, ils ont vu en contre bas deux ou trois maisons plus ou moins habitées mais malgré tout en piteux état. Le promeneur ou plutôt randonneur car il a tout l’attirail pour une excursion en
montagne s’arrête à leur hauteur en disant :

Alors là je n’en crois pas mes yeux, mais que faîtes-vous là ?

Stupéfait, Marion et Jack l’observent, certes il ne leur paraît pas inconnu mais ne peuvent lui mettre un nom. Du reste ce
dernier éclate d’un rire franc et leur dit :

Ai-je tant changé que vous ne me reconnaissez pas ? Je suis le petit fils à Antoinette et Léon.

Marion se lève et se jette dans ses bras.

Cela fait 8 ans que l’on ne s’est pas vu, c’est la dernière année ou je suis venue, mais Jack pour toi cela date de l’enterrement de Grand-Mère.

Jack est tellement heureux de retrouver ici son copain d’antan, oui il a changé mais comme lui, ils ont quelques années de
plus mais quand il le revoit tout lui revient en mémoire, leurs jeux et la tartine de confiture de leurs grand-mères respectives. Quant à son grand-père Léon, c’était le frère de lait de Bonne
Maman Marie, ils avaient été sauvés par la »Mamé «  une mère nourricière. Tony parle de son grand-père, qui avait tant regretté de ne pas avoir embrassé sa grande sœur de lait,
surtout après avoir appris sa mort. Il l’avait suivis de six mois, comme si lui aussi avait regretté d’avoir quitté sa maison et ses montagnes.

Après avoir échangés tous leurs souvenirs d’enfance, Tony leur demande ce qu’ils font ici. Marion lui expose la situation
et le désir qu’ils ont tous les deux de réhabiliter le village de leur enfance, il est à son tour enthousiasmé, surtout que lui n’a pas quitté ses chères montagnes, il est guide de Haute
montagne, du reste il rentre d’une course avec un client et il lui avait parlé de ce village abandonné et il semblait intéressé. Tout en discutant ils voient arriver le randonneur. Il présente
ses amis et brièvement lui dit ce qu’ils ont envie de faire, ce dernier trouve cela formidable et leur laisse une adresse sur Paris et veut bien donner un coup de main, il a une entreprise de
travaux publics. Tony et son client quittent le village après en avoir fait le tour ainsi que Marion et son cousin ; mais eux deux vont au petit cimetière s’incliner sur la tombe de leurs
grands-parents et redescendent dans la vallée

Tous les deux trouvent triste d’avoir vu quelques  maisons effondrées, ils se souviennent des cris des enfants quand
ils venaient les deux mois d’été chez leurs grands-parents. Tous deux se disent que la tache va être immense, il va falloir se retrousser les manches. Marion a une idée et décide de faire une
grande réunion de famille pour que tous les cousins et cousines se retrouvent en aout comme autrefois et voient tous ensemble de quelles manières ils peuvent s’investir. Jack trouve son idée
forte intéressante et il décide d’envoyer les invitations. Ils se répartissent la bande de cousins et cousines, ceux qui sont mariés avec enfants viendront-ils, ils l’ignorent, mais ils vont leur
faire comprendre que si leurs conjoints ne peuvent venir qu’au moins les cousins en ligne directe viennent, c’est important. Et tous les deux décident de ne pas leur dévoiler la raison exacte
comme cela la surprise peut jouer en leur faveur.

 

Lorsque Marion reprend son TGV, elle est un peu chamboulée d’avoir retrouvé Tony c’était son amour d’enfance, ils ne se
sont pas vu depuis le 30 aout 2000 et le revoir devant la maison de sa grand-mère c’est fort étrange, car c’est là qu’elle l’avait quitté. Comme il est devenu beau, il a le visage buriné comme
tous les alpinistes et il est égal à lui-même. Elle a regardé si il avait un anneau à sa main, elle n’a rien vu, elle l’espère que lui n’a pas sentis son regard, comme elle serait gênée, même si
ils s’étaient promis de se retrouver. Cela ne s’était jamais fait, ils s’étaient revu mais elle traînait à l’époque avec son écologiste et lui trainait avec sa cousine Maud, puis Maud l’avait
laissé puisque l’été dernier elle avait épousé un parisien. Marion avait été plaqué par son utopiste et depuis était seule, son travail auprès des enfants handicapés la prenaient totalement et
elle n’avait pas songé au mariage, mais là d’avoir retrouvé Tony, elle était fort songeuse. Dans sa poche son téléphone vibre, elle regarde qui lui téléphone, c’est sa maman. Elles échangent des
nouvelles, Marion ne lui parle pas de sa rencontre avec Tony, elle ne veut pas affoler sa mère, et puis elle lui rappellerait cette histoire vieille de plus de vingt ans qui avait brisé sa
 vie. Pourvu que Jack ne le dise pas à ses parents, ils devaient se rendre chez eux sur la côte. Doit-elle l’appeler et lui dire de ne pas en faire allusion, mais alors il lui faudrait lui
faire cette révélation, et elle ignore s’il est au courant, Maud et Marion n’étant que ses cousines et sa sœur Manon n’a jamais succombé au charme de Tony.  Mais Jack, lui non plus ne s’est
jamais marié et Marion l’avait  souvent vu avec Sandra la petite sœur de Tony. Et, à ce moment, elle comprend pourquoi il lui a dit qu’il ne se marierait jamais, ne pouvant épouser la femme
qu’il aimait. 

Alors Marion comprend que Jack a eu aussi cette révélation, et elle fond en larmes…..

 

A suivre

Commentaires

  1. Bonjour Evajoé,
    Ton histoire est très touchante et si proche de la réalité de beaucoup de familles.
    C’est bien que la nouvelle génération pense à leur grand-mère et essaie de faire vivre à nouveau ce village de leur enfance.
    J’aime beaucoup te lire.
    A très bientôt pour la suite.
    Bises amicales.

  2. Il y a beaucoup d’émotion dans ce récit. Ce que tu dis du village me rappelle le hameau de mon enfance qui s’est vidé de presque tous ses habitants. Beaucoup de bâtiments sont en ruines, mais la
    maison familiale tient toujours debout.
    A bientôt pour la suite. Bisous et bon mercredi. Alain

  3. Que c’est beau tous ces liens tissés au fil du temps, solides comme un cordage de montagne, perlés de souvenirs simples mais si émouvants …un rire, une image, une senteur de fleur ou de confiture
    sur une tartine ……..la VIE en somme, dans son plus tendre apparat !
    Vivement la suite, je trépiiiiiiigne !
    Je t’envoie …une montgolfière de BISOUS : ta p’tite soeur des mots à tien.

  4. L’âme des demeures dans les villages désertés est souvent choyée par les enfants et petits-enfants riches de tant de souvenirs tissés avec les aînés …
    Un récit émouvant, une sensibilité à fleur de mots, bravo Evajoe .
    Bisous, Plume .

  5. J’attends la suite ! Ce serait si beau si ce petit village pouvait revivre ! Je me rappelle du petit village où vivaient mes grands-parents. Petit à petit les habitants l’ont déserté. c’est triste
    un village qui se meurt, une église qui ferme ses porte. Je t’embrasse.

  6. Très belle histoire en deux tons qui nous sensibilisent aux liens sentimentaux de la famille et au contexte de la préservation du patrimoine et de son historique.

    Bisous et douce nuit Eva-Joe

    Le Noctamplume

  7. Bonjour Eva,

    C’est toujours difficile de voir partir les êtres qui nous sont chers. Les souvenirs resurgissent au coeur de ce village et resteront gravés dans la mémoire des petits et des grands. Une histoire
    émouvante est remplie de tendresse familiale. C’est souvent dans ces tristes moments que les proches se retrouvent et se rappellent. Bisous et douce journée. Corinne.

  8. Re-Coucou Douce Conteuse !!! Sourire
    Whaouuuuu !!! Malgré mon impatience de découvrir “la suite de la suite”, je t’avoue que j’ai adoré cette tendre lecture empli de tant d’émotions !!! immense sourire
    Tes mots m’ont transporté au Pays des Souvenirs… Cousins/Cousines… Vacances Familiales autour des Grands-Parents… Maison de toute une Vie… Doux Nid de Nous… hummmmmmmmm “mille Merci” pour
    ces douces séquences émotionnelles… intense sourire
    Mais cela ne m’empêche pas de râler, de maugréer, de pester… parce que je n’ai AUCUNE PATIENCE moi m’enfin !!! éclat de rire
    Je te souhaite un très doux jeudi ainsi qu’une excellente fin de semaine EvaJoe !!! Sourire Radieux
    Mille très très tendres Bisoudoux
    ***Tincky***

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