Mario /1 ( La traversée dangereuse )

Je cours plutôt que je ne marche, pourtant j’ai les jambes faibles, je tombe une fois, me relève et tombe à nouveau. Je ne comprends pas la raison pour laquelle je ne me souviens pas de la première piqûre, j’étais endormi certes mais conscient, à moins que, j’en suis là plongé dans mes pensées qu’à nouveau je titube et chute lourdement sur le sol. Je me traîne dans le fossé qui me tend les bras pour éviter que je sois repéré rapidement. De mon sac je sors un fond de thermos d’eau, et une trousse de secours. Je vérifie que toutes mes articulations fonctionnent et me soigne le magnifique hématome qui se trouve sur mon genou droit. Comme je ne me sens pas en pleine forme je décide de m’enfoncer un peu plus dans la forêt. Mais auparavant je bois la dernière eau que j’ai, j’aurais dû être plus avisé car là je me trouve avec peu de nourriture et plus rien à boire, je sais que le chemin est truffé de sources ainsi que des cascades, mais pour l’instant je suis en mauvaise posture. Je rampe car je suis épuisé, j’ai les jambes lourdes et les yeux qui se ferment malgré moi, j’ai dû attraper un virus, brutalement un signal d’alarme résonne dans ma tête. Pourquoi ai-je trouvé un drôle de goût  lorsque j’ai bu cette eau ? Voilà pourquoi je n’ai aucun souvenir, c’est mon eau qui a un somnifère.

 

Lorsque je me réveille, je suis à nouveau prisonnier, je me suis bien fait avoir, mais cette fois ci je vois un garde devant la porte entrebâillée. Sur le sol proche de mon lit de fortune git une assiette avec de la nourriture, depuis combien de temps est-elle là ? Je ne réfléchis pas et me jette sur cette pitance, tant j’ai faim, mais il n’y a pas la moindre goutte d’eau, il va falloir que j’en réclame. En réclamer c’est se mettre en situation d’infériorité, je vais essayer de tenir le coup. C’est peine perdue je commence à délirer, j’ai froid, j’ai chaud et surtout j’ai soif. Il me faut me rendre à l’évidence je vais demander à l’homme en faction devant ma porte de m’en apporter.

J’ai beau appeler, crier aucun son ne sort de ma bouche je suis aphone, voilà autres choses, j’ai bien essayé de me lever mais je n’ai plus de jambes je suis en position de faiblesse, ces dingues me droguent, m’assoiffent, que va-t-il se passer ? Finalement j’ai la présence d’esprit de taper sur le montant du lit qui est en ferraille, j’ai mon couteau ils ne vont pas me le laisser longtemps mais la soif est plus forte je sens que je vais capituler devant cet ennemi. L’autre entend le bruit que je fais et me demande ce que je veux, j’ouvre la bouche mais à nouveau aucun son n’en sort. Il comprend que je ne peux plus parler, par contre il ne pige pas que j’ai une soif d’enfer. Il décroche son talkie-walkie et signale que je suis aphone et demande que le médecin vienne m’examiner, alors n’y tenant plus je le frappe avec ma jambe et mime celui qui boit, alors il ajoute il a terminé sa gourde apportez aussi de l’eau. Enfin, en voici un qui comprend mon langage. Lorsque le soi-disant médecin arrive je lui trouve une tête connue mais je n’arrive pas à mettre un nom sur son visage de marbre. Il me fait ouvrir la bouche, dit que j’ai une belle angine à point blanc et me fait le TDR (test de diagnostic rapide) ; le verdict est implacable j’ai une angine bactérienne, il me file des antibiotiques de manière à ce que je puisse guérir et conseille où plutôt donne des ordres pour que l’on m’emmène dans une pièce moins glaciale pour que je puisse me remettre. Je ne sais pas combien de jours je suis resté dans ce lieu noir et infâme  car j’ai entendu le capitaine dire :

  • Rien à faire, qu’il crève, je ne veux pas qu’il contamine tout le monde, apportez lui des couvertures, il n’est pas question que je le remonte sur mon dos, une fois m’a suffi.

Comme je ne peux pas lui répondre et que je n’entends pas de réponses de qui que ce soit, je suppose que je rêve voire que je cauchemarde. A l’armée je n’étais pas un saint pourtant je n’ai jamais mis la vie d’autrui en danger, par contre le capitaine a plus d’une bavure à son actif. J’allais rapidement comprendre que l’armée était le cadet de ses soucis, il voulait me confronter à d’autres projets, il se souvenait de la tête brulée que j’étais, je n’avais nullement envie de plonger dans le passé et de recommencer. Le marché que j’allais passer était des plus dangereux, j’étais fait comme un rat, car choisir entre la mort ou la mort assistée par ce fou furieux qu’il était devenu n’était pas mon but.

Au bout de huit jours où j’ai passablement déliré, me voilà à peu près d’aplomb si j’écoute les conseils avisés de mon médecin. Ma voix est normale, les courbatures ont disparues, ma gorge n’est plus une plaie, je peux manger et boire normalement, quand j’avale tout est redevenu normal. Et, surtout je peux à nouveau émettre des sons, bien qu’ici à part me parler à moi-même je n’ai pas l’occasion d’échanger avec d’autres. Cela va changer car j’ai rendez-vous ce jour devant le tribunal qui doit me juger, j’ai eu beau m’y opposer j’ai rapidement vu que je n’avais pas le choix. Ils m’ont octroyé un avocat d’office, un gamin d’à peine 18 ans qui me regarde de travers. Il m’a dit on va vous donner le choix entre mourir dignement ou périr dans des souffrances atroces. J’ai donc commencé à me demander si tous ces hommes étaient intelligents et j’ai décidé d’en savoir davantage grâce à l’apprenti avocat.

  • Maître (ça j’avoue qu’avec du recul cela m’amuse encore) j’aimerais savoir en quoi consiste ce procès ? Je ne vous connais pas, à part le capitaine et encore je ne l’avais pas vue depuis plus de 7 ans, je ne vois pas ce qui leur permet de me juger ? De quels crimes m’accuse-t-on ? Car pour parler de ma mise à mort cela doit être fort grave.

A suivre…

Commentaires

  1. Est-ce un tribunal militaire, donc ?
    Quant à l’angine blanche, j’en ai eue une à vingt ans et j’ai été très malade, soignée avec de la penicilline. Je m’en souviens encore !
    A très vite pour la suite !
    Bisous

  2. repris! Mince! Il n’aura pas profité bien longtemps du plein air. On nage en plein mystère. Que lui veulent ces soldats! Un tribunal? On se demande pourquoi puisque, apparemment, on a déjà décidé de son sort: la mort.
    bizzzzzzzzz

Répondre à Martine Annuler la réponse

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.