Lumières sur la lande (11)

Bretagne  Septembre 2015 171

Quelques jours plus tard, tous étaient réunis à la gendarmerie, pour certains contraints et forcés pour d’autres ils voulaient savoir. Car pour connaître la vérité aujourd’hui, il faut connaître celle d’hier c’est ainsi que Duncan a commencé sa longue histoire.

Pensez-vous plus de 20 ans que cet homme se taisait. Aussi c’est avec beaucoup d’entrain qu’il raconte les événements qui se sont passés après le naufrage. Après avoir repris ses esprits il s’était retrouvé avec son jeune mousse sur une île déserte au large des Glénan, il voyait le fort mais ne connaissait nullement cette île qu’il n’avait jamais vue sur aucune carte. Ils avaient essayé de repartir, vu au loin les bateaux de la Police maritime. Ils n’avaient rien récupéré de l’échouage du bateau, ils s’étaient brisés en miettes sur les rochers. Au début tout espoir l’avait abandonné, puis peu à peu il avait repris ses esprits et décidé de refaire sa vie, sa femme était morte quelques semaines auparavant, C’était lui le patron, son père et sa mère s’occuperaient de ses enfants, c’était déjà ainsi depuis la mort de leur mère et pendant qu’il partait faire ses campagnes de pêches. Puis André était déjà grand à 20 ans on est capable de se débrouiller dans la vie, la preuve il était gendarme, même si pour Duncan cela lui paraissait incongrue, il en était ainsi. Une fois le tour de l’île fait, il fallait se rendre à l’évidence, il n’y avait rien, ce n’était pas l’île de « Vendredi » il leur fallait regagner la terre ferme et ce, le plus rapidement possible, puis s’embaucher et partir au large de Terre Neuve son rêve, qu’il n’avait jamais mis à profit car les enfants étaient arrivés rapidement. Maintenant que tous le croyait mort à quoi bon refaire surface, son rafiot lui avait coûté assez cher, ce n’est pas ce que les assurances allaient lui donner qui aurait changé sa vie. Quant à son mousse son sort était scellé au sien, il ne pouvait pas lui non plus réapparaître car le connaissant, il aurait rapidement vendu la mèche. Quand il lui a fait part de ses intentions, le gamin n’avait rien dit mais il l’avait senti mal à l’aise. Ils avaient décidés de construire un radeau pour regagner le rivage, mais hélas rien n’allait se passer comme escompter. Trois jours après le naufrage alors que la faim les tenaillait ils avaient décidés de regagner la terre ferme mais leur radeau avait chaviré et Duncan ignorait jusqu’à ce jour ce qui était arrivé à son mousse.

Quant à lui il avait été repêché par un bateau de pêcheurs et il était resté en leur compagnie jusqu’il y a cinq ans date à laquelle il avait refait sa vie sur Concarneau. Sa femme était férue d’histoire et connaissait tout ce qu’il s’était passé aux alentours des années 1944 dans la Région et ce jusqu’au Guilvinec. Dans ses papiers, elle avait en sa possession une étrange confession, celle d’un homme qui avait comme nom de résistant « La Boule » et qui répondait au nom de famille. A ce moment-là Duncan avait fait une pause tous étaient suspendus à ses lèvres, quel nom allait il révéler et surtout qu’elle était sa confession. Duncan, pensait Gladys savait jouer de ses immenses talents de conteur, et si personne ne le bousculait il était capable de ne rien leur dire.

  • Père Duncan, allez ne vous faîtes pas prier, vous détenez une part du mystère de ce village, il est grand temps de nous l’apprendre.
  • Il s’appelait, juste avant de le leur révéler chacun pu voir dans son regard que sa vengeance allait se concrétiser sous les yeux de ceux qui l’écoutaient. Ce n’était pas une garde à vue c’était juste qu’il avait accepté sous l’insistance de son fils de crever cet abcès qui le mangeait de l’intérieur. Après c’était à la justice de le poursuivre ou non.
  • On l’appelait Momo dans le village, Maurice le François.

André regarde tour à tour sa femme, qui est blême et sa belle-mère qui fuit son regard, elle devait connaître l’existence de cette lettre, quant à sa femme que savait-elle de son grand-père. Quel était le contenu de cette lettre, son père laisse à chacun le temps de reprendre ses esprits et leur assène une vérité qui va tous les laisser en état de choc.

  • Je m’adresse à toi André mais aussi à vous autres mes enfants, votre grand-père n’a jamais été un traître, son nom pendant la Résistance était bien François, jamais non jamais il a été appelé Le François, par contre celui qui a trahis le réseau, c’est le  grand-père de ta femme et votre père Louise.

Dans la salle de la gendarmerie il y a comme une chape de plomb qui s’abat sur tous ceux qui sont présents. Seule Gladys est sereine, elle avait bien deviné ce qu’il s’était passé, mais Duncan l’avait aidé en retenant en otage sa belle-fille et en lui assénant des injures, elle avait vite compris ce qui c’était passé. Mais va-t-elle encore entendre des vérités, pourquoi Duncan lui en veux-t-il ? Et Gwen et Yann il n’a rien expliqué les concernant. Qui a tué Irma ? Encore des questions sans réponses, mais Duncan sait –il tout ?

Gaële s’est levée, elle se rapproche d’André, mais lui fuit son regard, il veut en savoir davantage, même si il n’est pas rancunier, il veut tout connaître et comprendre. Aussi s’adresse-t-il à son père et lui demande de divulguer le contenu de la lettre. Là, il voit apparaître sur son visage un sourire qui en dit long sur le degré de sa vengeance. Il veut faire payer ceux qui ont traîné son enfance dans la boue. Ceux qui ont poussé sa famille à fuir leur coin de terre, leur lande. Cette vengeance songe André ne s’arrêtera donc jamais, il est temps de tourner la page, certes ils ne pourront oublier mais les enfants de ceux qui combattaient hier ont-ils droit au respect ou au mépris. Sa vie il l’a construite avec Gaële sans rien savoir de ces trahisons, sa femme en est-elle coupable pour autant. Lui, pense que non, son père est persuadé du contraire sinon pourquoi a –t-il tenté de la tuer ? Alors n’écoutant que son courage il presse la main de sa femme pour lui montrer qu’elle n’est pas responsable de ses actes.

Dans cette lettre il y avait la confession de votre père Louise avant de mourir et ce devant notaire, il y avait deux signatures, celle de votre grand-père Gladys, qui disait être au courant des événements et n’avoir rien dit.

  • Au courant de quoi ? D’avoir trahis le réseau ? Ce qui m’étonnerait car mon grand-père n’est pas du Guilvinec ni même d’ici. Nous sommes de Haute Savoie, si je suis née à Kermillaget c’est parce qu’après la guerre mes parents sont restés ici.
  • Au courant de sa trahison !
  • La belle affaire, mon grand-père n’a rien à voir avec ces jours sombres, il était dans un maquis en Haute Savoie, et, si vous voulez des preuves, moi aussi j’en ai. Par contre si il a écouté les confidences de son ami, cela je peux le comprendre mais de là à vouloir ma mort il y a trois jours sur votre bateau, là je trouve que cela relève du délit ou de la folie.

Duncan regarde le bout de ses souliers après le cri de colère de Gladys, André n’en revient pas, elle a tenu tête à son père c’est vraiment une bonne gendarme. Mais Gladys n’en n’a pas finis avec Duncan, la voilà qui revient à la charge. Et, Gwen, et Yann vous leur en voulez en quoi que ce soit ?

  • Je ne leur en veux pas, je tenais juste à les informer qu’ils étaient de la même famille que moi, Irma ne m’a jamais élevé mais c’était bien ma mère, la raison pour laquelle je n’ai pu vivre avec elle, c’est toujours la même ; mon père était un traitre et les traitres devaient quitter le village. Alors quand je suis né, on a exigé d’Irma qu’elle abandonne son fils, moi en l’occurrence. De plus Irma n’avait que 17 ans, donc son père ne voulait pas du fils du traître chez lui. Irma a dû s’exiler à Lorient jusqu’à ce qu’elle épouse son mari et qu’elle revienne avec sa fille Soazic s’établir sur les terres de ces ancêtres. Elle m’a cherché et hélas personne n’a pu lui dire ce que j’étais devenu, si elle avait su elle aurait pu aller voir mon grand-père, car c’est lui qui m’a recueillis après que mon père ait disparu en 1945, il a cherché à se faire oublier, mais il a été réhabilité par Irma qui espérant voir revenir son amour a raconté ce qui c’était passé le soir où les « SS » ont pris le réseau. Ce jour-là où Le François  a dénoncé  ses compagnons, elle a passé deux nuits sur la plage à attendre un avion qui devait leur lancer des munitions. Cet avion a bien lancé les munitions mais hélas ils sont tombés sur la lande et comme presque tout le réseau avait été arrêté personne n’est allé les chercher.
  • C’est à ce moment-là que Gaële a pris la parole :
  • Monsieur pouvez-vous donner la raison pour laquelle mon grand-père a trahis son réseau ?
  • Il l’a trahis cela ne change rien.
  • Si cela peut atténuer ce drame.
  • Vous sauriez donc quelques choses
  • Oui, ma mère vient de me le dire.
  • Et ? C’est quoi cette nouvelle version ?
  • Mon grand-père avait été arrêté par la gestapo, après trois jours de sévices corporels il a craqué et donné des noms, mais il savait que votre père et Irma ne serait pas pris puisque il ne serait pas là si d’aventures ils trouvaient leur abri. Savez-vous que ma grand-mère était aussi une résistante et qu’elle a été arrêtée et déportée. Le saviez-vous ?
  • Non, en effet je l’ignorais.
  • Alors si mon grand-père a trahis il ignorait que sa femme, ma grand-mère reviendrait folle des camps avec une petite fille dans les bras, qui n’était pas sa fille, mais qu’elle avait trouvé en quittant le camp de la mort ou elle se trouvait, cette petite fille c’est ma mère. Je ne veux pas renier mon grand-père car il a aimé ma mère comme sa fille mais si c’est le sang qui coule dans mes veines qui vous gêne et bien ce n’est pas celui de mon grand-père.

Duncan baisse la tête et ne sait plus que dire. Le Colonel pense que sa confession publique est terminée, nous renvoyons chez eux tous ceux qui n’ont rien à voir avec l’enquête que désormais nous devons élucidée et nous espérons que Duncan va pouvoir nous aider, il doit cacher encore de nombreux secrets songent André et Gladys. Mais va-t-il les dévoiler ?

 

A suivre (la fin c’est pour bientôt)

 

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