L’internat (suite)

Chapitre 4 (suite)

 

L’INTERNAT

 

Erika, doucement, prend la main de France et s’approche de la petite fille qui continue de sangloter,  accrochée désespérément au cou de son papa qu’elle n’a pas l’intention de lâcher. Avec des mots d’une sensibilité étonnante pour son âge, elle arrive à amener Léa, oui c’est son prénom, à embrasser une dernière fois son papa. Elle accepte de suivre France et Erika dans leur petite chambre située au fond du couloir dans l’angle du bâtiment. Au moment où toutes les trois franchissent le seuil de la pièce, elles découvrent deux autres fillettes qui attendaient bien sagement en papotant, elles avaient déjà fait connaissance.

Erika les laisse choisir leur lit, France se met vers la fenêtre, à côté d’elle se trouvera Léa et les deux autres fillettes seront en face, cela à l’air de leur convenir à toutes les quatre. Il y a aussi un lit à étage et Erika les informe qu’elle couchera là et en dessous ce sera une autre jeune fille qui arrivera en cours de trimestre. Les fillettes apprennent qu’Erika sera leur cheftaine de chambrée et qu’elle est en terminale, elle a un joli accent et elle les informe qu’elle est d’origine Suédoise, qu’elle est venue étudier le français, car bien que l’internat soit situé en Suisse, l’ensemble du personnel est français et les classes sont comme en France.

Avec l’aide d’Erika elles font toutes les quatre leur lit, puis elles doivent revêtir l’uniforme de l’école, ce qu’elles font promptement. Elles rient car elles trouvent qu’elles se ressemblent  toutes, sauf Léa et France qui ont eu une dispense pour garder leurs cheveux longs ce qui permet aux deux fillettes de se sentir encore plus proches lorsqu’elles enfilent pour la première fois leurs bérets.

Ensuite vient la manière de faire le nœud de cravate, Erika leur dit en riant que c’est son grand-frère qui lui l’a fait et que depuis elle ne s’est pas amusée à le défaire.

France n’en croit pas ses oreilles, depuis deux ans qu’elle est là, elle n’a jamais défait sa cravate, comme elle doit être sale pense-t-elle. Erika voit son sourire et lui avoue qu’elle possède plusieurs cravates où les nœuds sont déjà faits. Les petites filles rient de bon cœur. Erika les laisse pour qu’elles puissent faire connaissance, puis elle leur dit que  dans la chambre d’à côté il y aussi des sixièmes, que tout à l’heure les huit fillettes se retrouveront  toutes à la même table pour le déjeuner et qu’il faudra faire connaissance. Puis toutes les quatre sont invitées à visiter l’internat. A chaque étage elles sont attendues par une cheftaine qui leur explique un peu la maison et ses longs couloirs, elles visitent les salles de classe, les différentes salles de sports, elles pourront s’initier à plusieurs activités. Il y a aussi une grande bibliothèque, une salle de repos et une autre de jeux calmes. Ailleurs, elles auront la possibilité de jouer au pingpong, au basket et à d’autres sports de groupe. L’hiver elles pourront, si elles le désirent, faire du ski et du reste dès le début de l’année il y aura une semaine dans une station de ski pour apprendre à pratiquer.

France a un tout petit peu moins mal au cœur lorsqu’elle prend connaissance de tout ceci. Elle s’est rapprochée de Léa et en sait un peu plus sur elle, ainsi que Léa d’elle-même. Elle apprend que cette dernière a perdu sa maman cet été, que son papa est officier dans la Marine Nationale et ne peut donc s’occuper de sa fille tout le temps d’où le choix qu’ils ont fait ensemble de cet internat. Mais lorsque France lui confesse qu’elle ignore la raison pour laquelle son papa l’a mise ici, Léa est choquée et ne comprend pas ce Monsieur qui semble aux dire de sa fille si gentil. Pour Léa quand on a la chance d’avoir son papa et sa maman on doit rester tous ensemble car on a une vie forte heureuse.

Il est vrai que France aussi se pose ce genre de questions, mais hélas, elle n’a aucune réponse. De plus, en évoquant ce papa qu’elle aime tant, la boule qui la gênait au fond de sa gorge est à nouveau là, elle avale difficilement et éprouve un dégout face à la nourriture. C’est bien le moment vu qu’elles sont en train de se rendre dans la cafeteria. Le repas de France est avalé par une des fillettes qui se trouve dans leur chambre. Elle lui avoue avoir toujours faim et pouvoir avaler deux rations lui va à ravir. Ce qui fait bien rire les autres camarades de chambrée. Personne n’y a prêté attention et elles reçoivent les félicitations d’Erika en voyant toutes leurs assiettes vides, ce qui a le don d’amuser France devant ce petit mensonge.

Avant de rejoindre leurs salles de classe elles vont dans la cour et de là, elles admirent le Cervin si majestueux. Avec leurs téléphones toutes les fillettes le photographient. Puis, c’est le moment de répondre à l’appel de la cloche qui vient d’égrener un joyeux carillon, elles doivent répondre à l’appel de leurs noms et se mettre en rang, tout ceci dans le silence le plus complet. Mais cela a du mal à passer auprès des fillettes bruyantes, jusqu’à ce qu’apparaisse la directrice qui les menace d’une punition collective. Aussi tout ce charmant petit monde se tait rapidement. Et, c’est dans le plus grand silence que toutes rentrent en salle de cours.

L’après-midi passe très vite car il a fallu noter toutes les consignes dans un carnet qui ne doit pas les quitter. Si elles ne s’en souviennent pas elles se verront infliger des punitions. Alors Erika leur conseille de les apprendre par cœur, ce qui fait rire Léa et France car certaines, voir mêmes toutes, sont le ba.ba du savoir vivre. Mais il faut croire qu’il y en a qui ne les comprennent pas. France se dit qu’elle sera comme on le veut et qu’elle ne fera pas de vagues, de cette manière elle ne sera jamais punie. Elle allait effectivement se conformer à cela pendant toute sa scolarité.

La semaine a filé bon train et nous voici le vendredi, tout s’est bien déroulé mais maintenant elle va savoir si elle va rejoindre sa famille à Lyon. A midi elles ont appris que certaines d’entre elles repartaient en weekend mais que d’autres, qui ne le savaient pas encore, le découvriraient le soir dans leur casier. Elles profiteraient du beau temps pour aller faire une randonnée et dormir dans des toiles de tente, ce qui, de l’avis de Léa, servirait à compenser l’absence de leur famille, même si elle trouvait que c’était encore fort douloureux.

Donc dans ce fameux casier s’il y avait un ticket vert on partait en weekend selon les modalités prévues par les familles, si par contre il était rouge on restait à l’internat. Léa, quant à elle, ne va pas chez elle, elle le savait dès le départ, son père est parti pour plus de trois mois en manœuvre, elle ne le verra qu’en décembre pour les fêtes. France avance sans se presser car elle est persuadée qu’elle ne va pas rentrer chez elle, son papa n’aurait pas attendu le dernier jour pour l’avertir, elle devrait déjà être au courant, de plus contrairement à plusieurs filles elle n’a même pas eu de nouvelles de chez elle, ce qui est fort étonnant. Quand elle est à un mètre du casier, elle voit Léa qui l’attend, elle a une lettre à la main qu’elle lui tend, c’est la directrice qui lui a donnée, alors qu’elle cherchait France. C’est son papa qui lui a écrit, elle se réfugie pour la lire tranquillement dans la salle de repos, mais au fur à mesure qu’elle en prend connaissance, elle ne comprend pas la raison pour laquelle la directrice lui a remise si tard. D’autre part, ce qu’elle lit la fait pleurer de plus en plus. C’est pire que ce qu’elle attendait, elle ne viendra pas un seul weekend à la maison, ni aux vacances de la Toussaint, mais seulement à celles de Noël et encore juste les quelques jours qui entourent la fête. Elle regagnera l’internat dès le 30 décembre si cela est possible car Madame Fleuron la directrice lui a dit que l’internat fermait une semaine entre Noël et le Jour de l’An…

Il faudrait que son père la case quelque part pense France…Espérons que ce sera chez Bonne Maman ou chez ses cousines, elles sont de son âge. Son papa lui confie que son laboratoire a des difficultés financières, ce que Léa ne comprend pas. Que fait-elle dans cet internat pour « gosses de riches », alors que ses cousines vont  sur Lyon dans un établissement classique. Vraiment, les grandes personnes sont incompréhensibles se dit-elle. Pour elle, les mots sont dénués de sens, elle ne voit même plus la fin de la lettre tant cela la fait pleurer. Elle arrive à lire entre ses larmes que sa pension coûte cher, alors là, c’est un comble…Mais que veut-on l’empêcher de savoir ou de voir pour l’avoir tant éloignée de son domicile…C’est à n’y rien comprendre, normalement à dix ans on vit une vie faites d’insouciance, on n’est pas comme France toujours pleine de questions et avec un mal de vivre qui lui est communiqué par son papa. Elle a d’incessantes questions, mais hélas elle finira la journée sans en connaître les réponses. Et, c’est ainsi qu’Erika et Léa vont la retrouver sanglotant sur son bras replié.

 

 

Bientôt le prochain chapitre….

 

12 réponses à L’internat (suite)

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

 

eauteur

cooltext167891793251221

La furie de mes mots

 

Ici

mes mots sont en folie 

comme les vagues.

Le temps qui passe