L’inconnu du 7 h 12 (suite)

UNE ANNONCE DE TROP (suite)

 

Rapidement je mets l’enveloppe dans ma poche et prends place à mon bureau, toute la matinée je fais mon travail efficacement, mais à la pause je me souviens de l’enveloppe. Les consignes sont claires, l’ouvrir que si on accepte de se conformer à la lettre à ne pas travailler tout le temps que vont durer les recherches, afin qu’à notre retour, les filatures ne reprennent plus. Lui laisser croire que j’ai changé de lieux de vie, ce qui ne veut pas dire du reste que ce n’est pas ce qui risque de m’arriver, si ce Monsieur disparaissait.

Je mange mon repas à même mon bureau, et je décide de rentrer chez moi plus tôt que prévu et de réfléchir à la décision que je vais prendre. Ma petite voiture blanche est toujours à sa place, je quitte rapidement le bureau d’étude et décide de rentrer sur Paris en voiture, cela m’évitera de me retrouver à la gare, et il n’est pas certain que cet homme m’ai réellement suivis, et il est bien possible qu’il ne connaît pas mon appartement. La route m’a parue longue, mais il est vrai que je n’ai pas l’habitude de venir en voiture, mais me voilà dans les faubourgs de Paris et  j’entre dans les files de véhicules qui sont sur le périphérique. Enfin, me voici dans ma rue. J’attends un instant et je ne vois personne. Je descends de mon véhicule, prends mon sac où se trouve l’enveloppe, et me dirige vers mon petit immeuble. C’est à ce moment-là que je vois une silhouette se détacher du mur, affolée je cours vers le magasin le plus proche, j’entre, la vendeuse me regarde d’un drôle d’air. Je tremble comme une feuille, une peur irraisonnée m’a saisie, je prends rapidement un vêtement et demande où se trouve les cabines d’essayage, elle me les montre du doigt et continue de parler à une cliente. J’entre, tire le rideau, m’assois et éclate en sanglot. Je ne sais combien de temps j’ai sangloté, mais soudain une voix se fait entendre :

« Madame, allez-vous bien ?

« Oui, je m’excuse, je vais sortir

« Prenez votre temps !

Ouf, elle ne s’est rendu compte de rien, je verrais bien en sortant. Je règle mon achat et sors en même temps qu’une dame qui est ma voisine, je ne l’avais pas reconnue, elle, et moi  nous faisons quelques pas ensemble, elle me demande si je vais bien, je la connais elle vit seule et a une petite fille. Je lui dis que j’ai des soucis dans mon travail, et nous marchons toutes les deux vers notre logement. Devant la porte il n’y a personne, j’ai dû rêver, mais je vais rapidement déchanter. Toutes les deux nous nous attardons vers les boîtes à lettres, j’ai du courrier, une longue enveloppe de papier kraft, bizarre je ne connais pas cette écriture, mais je ne dis mots, et prends l’ascenseur, pendant que ma voisine discute avec le concierge.

Qui a bien pu m’écrire ? J’entre chez moi et de suite je m’aperçois que quelqu’un a pénétré dans mon home. A première vue il n’y a rien de déplacer mais je sens une odeur de cigarette où plutôt de pipe. Or je ne fume pas et mon frère ne fume que des blondes, ce n’est donc pas lui qui serait passé en coup de vent. On a donc pénétré chez moi, je dois savoir qui est venu, le concierge n’ouvre à personne en notre absence et  il a bien fallu que la dites personne passe devant lui, voir est la possibilité de se faire ouvrir la porte à code. J’oublie momentanément la lettre qui m’intrigue et je téléphone au concierge, il a dû terminer sa discussion avec ma voisine du dessus. En effet il me répond assez rapidement.

– Que puis-je faire pour vous Mademoiselle ?

–  Est-ce que mon frère est passé ?

–  Non, mais un Monsieur m’a demandé si vous étiez rentré

– Et que lui avez-vous répondu ?

– Que le mardi vous rentriez fort tard.

-Où se trouvait ce Monsieur, au téléphone ou s’est-il présenter à la porte.

– Au téléphone, pourquoi vous avez été importuné ?

– Il me semble que je paye assez cher pour que vous évitiez de raconter ma vie privée à des inconnus.

– Je me le tiendrais pour dit, Mademoiselle, veuillez m’excuser.

Et sur cette dernière tirade je raccroche dans une colère noire. Si j’étais rentré directement au lieu de m’affoler comme une bleue j’aurais empêché cette homme de pénétrer chez moi, mais j’ai fait ma fofolle et il en a profité pour entrer chez moi, mais qui a pu lui fournir mes clefs, ou plutôt comment as-t-il su que j’habitais dans cet arrondissement. Je me perds en conjoncture de toutes sortes, lorsque le téléphone sonne, j’attends, cela s’arrête, reprends deux fois, s’arrête à nouveau. C’est mon chef, nous avons ce code pour nous téléphoner, cela évite les mauvaises surprises. Faut-il que je lui raconte tout ça, ou dois-je tout garder pour moi.

Finalement j’opte pour ne rien dire, après tout je ne sais qui sont ces gens et surtout si cela a un rapport avec mon nouveau travail. Cela peut-être n’importe qui, mon ex par exemple, ou le remplaçant de ma femme de ménage, mais je suis sceptique. Si c’était mon ex il m’aurait laissé un petit mot, or je n’ai rien trouvé.

Je décroche le téléphone et mon Boss me demande si j’ai pris ma décision, car il faut que dès demain matin au plus tard, je sois à l’adresse notée dans l’enveloppe. C’est à ce moment que je me souviens de la deuxième enveloppe. J’attrape mon sac tout en écoutant les recommandations de mon chef, je l’ouvre et en sors les deux enveloppes, celle du Ministère et celle de ma boîte à lettres. La dernière ne contient qu’une feuille de papier avec des lettres collées dessus. C’est une véritable lettre anonyme. Mais c’est surtout une lettre de menace.

FAIS ATTENTION AU PROJET 50, NOUS T’AVONS A L’ ŒIL, DANS QUELQUES JOURS TU AURAS DE NOS NOUVELLES ! EN ATTENDANT PAS UN MOT A QUI QUE CE SOIT ! SINON UN CERTAIN HUGO AURA DES PROBLEMES.

Je suis anéantie, ceux qui m’ont écrit me connaissent et surtout ils connaissent l’existence de mon fils. De plus pour pouvoir travailler au sein du bureau d’étude, une des conditions étaient d’être célibataire, je voulais le poste, aussi j’ai mentis. Et maintenant mon passé me rattrape. Je ne puis rien dire à mes supérieurs, et ceux qui me menacent me font aussi peur, que vais-je faire ?

Je ferme rapidement mes volets roulant, je prends une douche, je jette dans une valise quelques vêtements, je ferme tous les compteurs, prends mon sac, et me dirige vers l’ascenseur, mais je me ressaisis et monte chez ma voisine. Je lui laisse mes clefs, et lui annonce que je pars chez mes parents en Province pour quelques semaines, que je ne pense pas revenir et que mon ex viendra chercher mes affaires. Elle est désolée que je parte si rapidement mais je ne m’attarde pas, et file rapidement vers les garages où je récupère ma voiture personnelle, mon Boss viendra dans la semaine récupérer la voiture de la Société bidon qui nous sert de couverture. Je m’éloigne rapidement de Paris et m’arrête dans un motel en bordure de l’autoroute, je vais m’accorder un peu de répit avant d’être soumis à un interrogatoire en règle de ma hiérarchie dans la maison bleue. Je vais disparaître et faire la morte, je sais que j’ai 15 jours environ devant moi avant que l’on se mette à ma recherche. Et puis je veux voir si la semaine prochaine l’annonce va réapparaître et ce qui sera écrit dessus. Je me débarrasse de la puce de mon téléphone, plus rien ne doit me relier à mon travail. Ce sont les ordres. Mais je ne me rendrais pas tout de suite à l’adresse de l’enveloppe que je n’ai toujours pas ouverte.

C’est un bruit à ma porte qui me réveille, je regarde ma montre, il est déjà 8 h 30, j’ai bien dormis, malgré le bruit incessant des voitures sur l’autoroute, cela m’a bercé, bien qu’au début j’ai faillis quitter le motel. Je demande qui est là, en fait c’est la femme de ménage, je prends une douche rapidement et part tout en m’excusant auprès de cette femme. J’ai noué sur mes cheveux un foulard, je ne voudrais pas qu’elle fasse une description de moi si on venait à lui poser des questions. Je me sens un tantinet paranoïaque, mais il faut que je sois fort prudente. Après un petit café noir serré, je me suis arrêtée dans un bureau de tabac pour prendre une puce jetable, je vais pouvoir appeler maman et voir comment Hugo va, ensuite je leur conseillerais de partir dans notre maison de vacance avec papa jusqu’à ce que je les appelle à nouveau. Maman connait mon métier et pensera que je veux ne pas me faire de soucis pour elle, et non que c’est moi qui m’en fait mais la connaissant elle ne me posera aucune question. Lorsque j’aurais pris mes marques et si rien ne se passe d’ici là, alors je m’accorderais deux jours et j’irai les voir. Mais seulement si je suis certaine que je ne les expose pas. Une fois cette décision prise, je me sens pousser des ailes et je parcours plus de 100 kilomètres avant de m’arrêter chez un ancien ami de classe, qui ne me posera aucune question, de toutes façons il est loin, il est en déplacement aux Antilles, je lui téléphonerais ce soir pour lui demander son avis. Je sais où il met sa clef, et, aussitôt arrivée je regarde sous le pot de fleurs posé à même le sol, et effectivement la clef est ici. C’est une petite maisonnette qui servait à ses parents de maison de campagne jusque dans les années 80, depuis elle appartient à tous ceux qui ont envie de se faire une virée tranquille. En pleine semaine et à cette époque de l’année je ne pense pas que j’aurais de la visite et je serais tranquille pour réfléchir, et puis ce n’est qu’une question de jours.

Je sors les victuailles de ma voiture que j’ai apporté de Paris, et me fait rapidement une omelette, le tout arrosé d’un bon vin rouge. Dans le frigo, il y a des fruits, tiens quelqu’un serait donc venu les jours passés, je ne m’en inquiète pas du tout, fais un brin de ménage et passe dans le jardin où les chaises de jardin sont à l’extérieur. Encore une chose de bizarre, ceux qui sont venus auraient bien pu ranger. Je reprends mon journal et regarde plus attentivement les annonces, qu’ai-je loupé ? Possible que cette annonce n’était pas pour moi, mais alors pourquoi toutes ses coïncidences, et surtout quelle mouche lui a pris à mon écrivain en herbe pour m’apostropher de cette manière. A-t- eu peur de quelqu’un ? Ou alors il m’a confondu avec une autre ? J’en suis là de mes réflexions lorsque j’entends un chien aboyé et une touffe de poils me monte dessus, mais on dirait le chien de mon ami Clément.

Edith, mais que fais-tu là ?  Je te croyais au bout du monde,

J’éclate de rire, car moi aussi je pensais cela de lui

Nous bavardons à bâtons rompus jusqu’à la tombée de la nuit, je ne lui ai rien dit de mes doutes, de mes peurs. Lui, m’a raconté la raison pour laquelle il était rentré plus tôt… Nous nous organisons pour la nuit, il prendra sa chambre d’adolescent et moi la chambre de sa sœur, puis nous dînons ensemble et nous bavardons encore longtemps. Il me semble que l’aube se levait lorsque nous avons décidés d’aller dormir. Quelques heures plus tard, je trouve un mot sur la table, « Fais comme chez toi, et je t’ai trouvé le journal ». En effet je lui ai dit que je cherchais une maison dans les parages et qu’il me fallait le journal, en chevalier servant il est allé me le chercher.

Je passe rapidement sur les titres, les faits divers et vais directement sur la page des annonces, toujours rien pour acheter une maison, mais par contre je suis à nouveau attirée par une annonce :

A ma belle inconnue, je t’ai volé un baiser, mais tu t’es enfuie comme une vierge effarouchée, je t’attendrais tous les jours à la gare du Nord, je t’espère.

Signé l’inconnu du 7 h 12

 

 

A suivre

 Mai 2014 copyright d’EvaJoe

Commentaires

  1. Je suis en pause mais je suis quand même venue te lire, c’est que je suis curieuse !
    J’attends la suite avec impatience.
    Bisous et bon week-end.

  2. C’est palpitant mais j’ose te le dire un peu long et si on veut tout lire on n’arrive plus a aller sur d’autre blogs, ne pense tu pas que si tu en met la moitié se serait aussi bien? Ne t’offense pas de ma remarque surtout mais j’aimerais bien ne pas louper d’épisode comme l’autre fois. Bises

    1. Aucun problème, moi aussi j’ai trouvé que c’était trop long, la suite je vais chercher où la couper pour que ce soit plus lisible pour tous. Merci de ta remarque pertinente.

      Bisous

  3. →→→ … de plus en plus prenant … ah ! cette annonce … ouf ! Hâte de lire la suite EvaJoe ! … bonne fin de ce jour à toi !
    Bisous.

  4. Pendant que je suis là pour m’abonner je te dis aussi mais seulement si tu veux, de mettre ton image de fond en non répétition, ce sera plus joli…..Si tu sais pas demande à Gibee, Bises ne m’en veut pas de ce com hein?

  5. Bon ben voilà, j’étais dans tes textes en imaginant bien chacune des scènes et paf… nous restons sur la fin… je languis de lire la suite Bisous

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