L’expédition punitive

Après cette phrase lourde de sens, Abeba s’est murée dans le silence, Pierre s’est douté que les horreurs n’étaient pas terminées mais que cette jeune femme n’en pouvait plus de raconter, de se raconter et de souffrir en son corps et son cœur.  

Au même moment  Guillaume lui  demande :

  • Il ne faut pas s’attarder, le temps presse, allons faire notre devoir.

Bien entendu qu’il est fin prêt, il est même sur les charbons ardents, l’ami Pierre, dans son sac à dos a glissé le strict nécessaire il ne s’est même pas embarrassé de vêtements, son ami lui les a fournis, il va se confondre dans la population. Par contre il a glissé une arme, il ne sait pas si en face il y aura du répondant. Il est préférable de se méfier. Xavier s’approche d’Abeba, la soulève comme une plume et la dépose dans le 4X4 qu’il va conduire, à l’arrière prends place Guillaume et Pierre. Le second est conduit par Idriss qui est accompagné du chauffeur et du secrétaire du Consul, ils sont partis pour l’aider ayant apprécié sa simplicité, sa gentillesse, son savoir-faire et l’amour de leur pays. Dès que sa femme avait été kidnappée ils avaient offerts leur service pour la retrouver, maintenant ils étaient partie prenante de cette expédition qu’ils espéraient punitive. Pendant que les voitures s’éloignent du lieu où la sœur d’Assia nous a raconté son calvaire, Pierre se rend compte que son ami Xavier et Abeba sont fort proches l’un de l’autre. Il s’en réjouit car en plus elle le mérite et en plus il forme un beau couple. Guillaume a un don pour lire dans ses pensées, il se penche vers son ami et lui susurre «  Toi aussi tu trouves qu’ils se sont bien trouvé »  

  • De qui parles-tu mon ami?

Mais au moment ou Guillaume va pour me répondre, Xavier nous lance :

  • Alors les cachottiers vous parlez de qui ?
  • De toi !

Par égard pour Abeba nous ne disons rien la concernant, nous lui laissons le temps. Puis jusqu’aux abords de l’arrêt du train nous ne prononçons plus un mot. Nous sommes plongés dans nos pensées. C’est parti ! Nous voici Monsieur le Colonel, nous arrivons. Des fous, des malades ont eu pendant des années un droit de cuissage, de vie et de mort sur des jeunes femmes et filles voire des enfants. Ils ont profités d’elles en les soumettant à leur folie. Personnellement je pense que pour Abeba cela a dû être très dure de nous raconter son calvaire, elle s’en est bien sortis, finalement heureusement qu’Assia est la femme du Consul, elle a pensé que lui seul pouvait l’aider. Tous les autres n’ont su que profiter d’elle, y compris ceux de son pays. Quel triste réalité songe Pierre. C’est Guillaume qui va rompre le silence, il s’adresse à Abéba. Il lui dit que le mieux pour elle ce serait de rejoindre sa famille qui est en lieu sûr qu’une femme n’a pas sa place avec des hommes aguerris, il ne la diminue en rien, il veut juste la sauver, aucun d’entre nous sommes certains à cet instant que nous ne subirons pas des représailles ou tout simplement que nous n’y laisserons pas notre peau. Est-ce le fait que son beau-frère prenne soin d’elle qui lui libère la parole. Mais elle continue son récit douloureux :

  • Avoir donné mon rein avait ouvert une porte à leur machiavélisme, si certaines femmes se prostituaient, d’autres étaient bonne à tout faire chez les dignitaires blancs ou noirs confondus. D’autres étaient en cuisine, nounou, peu enseignait aux enfants, tout au moins chez les blancs, mais chez les Djiboutiens ou autres d’Arabie elles pouvaient apprendre les bases aux enfants. Ben et le Colonel avaient mis sur pieds une filière de dons d’organes, et bien entendu ils avaient « le bétail » qu’ils voulaient parmi toutes les femmes. Si les organes des prostituées étaient à bannir celles des autres étaient bien, si au début on demandait aux femmes et filles par la suite je pense qu’il y a eu des excès, mais de toutes façons tout était répréhensible car on nous appâtait, on nous couvrait de fleurs, de bijoux, si pour nous c’était important pour eux c’était des babioles. A cette époque il y avait un nombre impressionnant de réfugiées d’Ethiopie qui habitaient à la périphérie de la capitale dans le bidonville. Si certaines vendaient du plastique pour le Yémen les autres survivaient, alors une poignée de billets pour donner son rein, voire pire.
  • Pire ?
  • Oui, une ou deux ont donné leurs cornées.
  • Quel horreur ! Ils sont pires que j’imaginais !
  • Guillaume je ne sais même pas le nombre de personnes qui sont mortes, car beaucoup de femmes que je connaissais ont disparues.
  • Ce petit manège a duré combien de temps ?
  • Je ne sais pas!

     

Un grand silence s’est établis, personne n’a réussis à demander s’il y avait autres choses qu’Abéba connaissait, cela était amplement suffisant pour intervenir. Auparavant Guillaume devait avertir la France, car il y avait des Français de concerner, hormis le Colonel personne ne savait qui était mêlé à ces ignominies. Mais Xavier à l’instant où il a arrêté son véhicule l’a dissuadé d’avertir son ministre de tutelle. On va régler le problème à ma façon. Mais ma chérie je veux que ton frère te ramène à tes parents, je ne veux pas que tu sois avec nous.

  • Idriss on est proche de la frontière, tous les deux vous avez un passeport, prenez une des voitures, nous irons vous récupérer dès que tout cela sera derrière nous. Idriss, si nous avons besoin de toi nous te ferons signe par qui tu sais.

Abeba a bien essayé d’insister mais Xavier a été inflexible et c’est à ce moment qu’il a choisis d’appuyer nos dires :

  • Chut mon amour, je reviendrais je te le promets.

Elle s’est jeté dans ses bras en sanglotant, par pudeur nous avons détournés les yeux et attendus que ces deux-là arrivent à se séparer.

Si l’une d’entre nous était partis, nous étions deux de plus dans le 4X4 mais c’était pour si peu de temps. Nous avons attendu tous les cinq que la voiture devienne un tout petit point et nous avons gagnés la gare la plus proche et nous nous sommes fondus dans la masse des voyageurs, il faut dire que ce train est toujours envahis par des milliers de personnes, on ne pouvait que passer inaperçu. Nous avions décidés de nous mettre hors la loi, de leur faire payer leur inhumanité. Lorsque nous sommes arrivés sur Djibouti nous ignorions tout de la tournure des événements, mais ce que nous savions c’est qu’ils n’oublieraient jamais ce que nous allions leur faire.

La chance nous a souris dès le premier soir Xavier a croisé la femme du Colonel, elle se rendait à son thé dansant chez des amis, où à son bridge, ce qu’elle faisait déjà du temps ou Abeba vivait chez elle. Elle était accompagnée d’une fillette d’une quinzaine d’années, certainement le nouveau joujou de son mari. 

Xavier savait que le Colonel séparait son travail sur la base de sa vie dans son couple. « La Colonelle » devait ignorer qu’il était limogé, au pire il aviserait. Il profite qu’elle soit chez des amis pour enlever sa barbe et se faire raser les cheveux. La petite fille a bien entendu hurlé quand Xavier a kidnappé sa maîtresse, mais rapidement nous les avons emmenés dans un lieu tenu secret. Le soir même le Colonel recevait un courrier dont les mots avaient été soigneusement choisis.

Voici ce que la missive contenait :

Mon Colonel,

Votre femme est entre nos mains, nous connaissons votre dextérité pour prendre sur les femmes qui vous intéressent leur cornée, leur rein, leur poumon y compris leur virginité. Nous vous demandons de nous retrouver demain soir à partir de 23 h sur la plage de Khor Ambado. Venez seul sinon nous prélèverons un doigt à votre femme.

 

Les vengeurs

A suivre…

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