Le reflet dans le miroir (la vérité)

  • Mais la greffe a réussie ?
  • Oui
  • Elle s’appelait comment la personne qui m’a donnée sa cornée ;
  • Nous ne le savons pas ma fille
  • Papa moi je le sais elle s’appelait Rébecca.
  • Rebecca, « mon père a une drôle de tête en me disant cela » par deux fois il essaye de me dire quelques choses, puis finalement il prend son téléphone et appelle le médecin »
  • Mario pouvez-vous venir, Marion est enfin complètement réveillée, elle me pose de nombreuses questions, me raconte ce qu’elle a vu pendant son coma mais je ne sais pas comment il faut que j’aborde tout cela, et seul je ne m’en sens pas vraiment le courage, car j’ai peur de ce que je pourrais lui faire.
  • Ah merci, je vous attends.

Dès que mon père a terminé sa communication je lui dis ce que je ressens :

  • Papa c’est étrange quand j’étais dans le coma je la voyais, elle prenait ma place. Tu me rejetais, tu disais que Marion était à côté de toi.
  • Marion ce sont les effets de la morphine, voire même du coma, ce n’était pas vrai, juste une impression. Mais possible que tu puisses en discuter avec le médecin, lui a déjà rencontré d’autres malades ayant sombré dans le coma, je pense qu’il va pouvoir t’aider.
  • – Il va plutôt m’envoyer vers un psychiatre, comme c’est horrible de penser que ce n’était pas vrai, c’était tellement réel. Qui est ce Mario ? Un médecin, et José qui est-il ?

 

A cet instant une infirmière entre et réponds en lieux et place de mon père « José et Mario travaillent chez nous, Mario est interne, il sera médecin prochainement, il passe sa thèse sur le coma chez les jeunes adultes en septembre. Quant à José, il est infirmier. Ils ont passés tous les deux de nombreuses heures à votre chevet, surtout Mario, il connait les personnes dans le coma. Dès qu’il a su que vous étiez dans le service du Professeur Robin il lui a demandé s’il pouvait passer du temps auprès de vous, il a reçu son accord, il vous a énormément parlé, c’est la raison pour laquelle vous vous en souvenez. Je veux bien la croire mais pourtant elle était tout à l’heure à mon chevet cette Rebecca, je l’ai vu, je suis certaine de l’avoir touché. Ce prénom on me l’a bien dit, je ne l’ai pas inventé, j’ai des milliers de questions à lui poser au jeune interne, il faut qu’il se dépêche, j’ai besoin de reprendre ma vie là où elle s’est arrêtée il y a deux mois et demi.

Enfin le voilà Mario, il est beau brun aux yeux vert très clairs, il me fait un magnifique sourire, il me prend la main et s’assoit à mon chevet, dès qu’il est auprès de moi je me sens calme, même heureuse comme jamais je ne l’ai ressentie auparavant. Il m’explique ce qui s’est passé.

Le 2 avril vous avez eu un accident de voiture avec votre amie Grâce en sortant de  la Sorbonne. Un  dingue a surgit de nulle part et il vous a coupé la route, votre amie n’avait pas mis sa ceinture, disons que vous étiez à l’arrêt mais l’impact a été fort violent, votre amie a été éjectée de la voiture, Mario marque un temps d’arrêt je n’ai pas besoin de le lui demander, de suite je comprends que mon amie Grâce est morte. Il acquiesce et me dit « elle n’a pas souffert, elle est morte sur le coup »

  • Possible mais elle a bien dû voir arriver l’accident ?
  • Vous en souvenez-vous ?
  • Non !
  • Donc elle n’a pas pu s’en rendre compte. Les pompiers sont arrivés rapidement sur les lieux, mais de suite à l’Hôpital de la Salpêtrière les médecins urgentistes se sont rendus compte que vous aviez perdu un de vos yeux.
  • C’est celui de Grâce que l’on m’a greffé ?
  • Non, elle n’était pas compatible, mais ses parents l’avaient proposés immédiatement. Pendant quinze jours on a essayé de trouver un donneur compatible, puis un imminent Professeur de Suisse s’est mis en relation avec l’ophtalmo qui s’était occupé de vous et il a été décidé que vous seriez opéré là-bas. C’est de cette manière que j’ai eu la chance de vous voir.
  • Chance ?
  • Excusez-moi, ce n’est pas parce que vous étiez dans le service Ophtalmo de la clinique que j’ai eu l’occasion de vous rencontrer, c’est parce que dans cette même clinique il y avait la personne qui vous a donné sa cornée, je ne devrais pas vous en parler mais il me semble que compte tenu de ce que votre père vient de me faire part, vous avez vécu « le syndrome de Cotard » où quelques choses d’approchant.
  • J’aimerais savoir si la jeune femme se nommait Rebecca. A ce moment-là je vois mon père qui pâlit davantage, et quant au jeune médecin il me répond de suite, oui.
  • Alors je l’ai vu, mais elle m’était plus antipathique que gentille, elle voulait prendre ma place, me voler mon père. Elle voulait m’entraîner dans le monde ou elle était.
  • Ce dont vous me parlez Marion ce sont les effets secondaires de la morphine. En fait cela dépends des personnes, vous il me semble que cela vous a été néfaste car je vous sens plutôt troublé.

C’est à ce moment que mon père se lève et sort rapidement, Mario et moi sommes étonnés. Quand il revient il a à sa main le livret de famille, il le tend tout d’abord à Mario, il est ouvert, Mario regarde tour à tour mon père et moi, il sort et fait signe à mon père de le suivre. Je n’entends pas ce qu’ils se disent mais je sens que mon père est inquiet. Mario lui répond qu’il faut me dire la vérité, qu’il n’a aucune inquiétude à avoir je suis forte, je n’ai aucun problème, rien d’irréversible, mon cerveau fonctionne très bien, et il ajoute il est grand temps. Puis, ils reviennent tous les deux, mon père demande la présence de Mario, ce dernier hésite puis il me prend la main et me dit :

  • Votre père va vous révéler quelques choses qu’il ne vous a jamais dit, ne vous inquiétez pas, je pense que cela va vous aider à surmonter vos angoisses, possible que dans un premier temps vous allez lui en vouloir, mais sachez qu’il n’a pas ménagé son temps, il a passé pratiquement toutes ses nuits auprès de vous, puis vous savez les parents sont comme chacun d’entre nous, eux aussi peuvent se tromper. Mais avant qu’il vous confie son terrible secret, non qu’il soit pas beau mais juste que pour lui c’est difficile de vous le dire sans que votre maman soit là, je dois vous avouer quelques choses ;

Bêtement je souris, je sais ce qu’il va me dire, il m’aime, je l’ai compris, je me souviens de ce qu’il disait quand il pensait tous que j’étais entre la vie et la mort, aussi je me penche vers lui et avant qu’il ne me dise quoi que ce soit je lui dit :

  • Moi aussi je vous aime !

Il est tellement heureux mais ce qui m’impressionne davantage c’est qu’il se lève et dit :

  • j’avais raison, ma thèse je vais pouvoir la présenter, et personne ne doutera plus de moi. Moi aussi je vous aime Marion, je suis heureux que vous m’ayez entendu. « Bien sûr que je ne vais pas lui dire que je croyais que c’était à Rebecca qu’il disait cela. Mon père commence à s’impatienter aussi il me faut écouter ce qu’il a tant de difficultés à me dire. »
  • Marion quand tu es née tu avais deux mois d’avance, vous étiez deux, tu avais une jumelle, vous étiez si petites que nous nous préparions tous les jours à vous voir vous en allez. Puis vous avez réussis à vous en sortir, hélas ta sœur avait un problème cardiaque, tu étais plus grosse qu’elle, les médecins ont pensé qu’elle n’avait pas pu se développer normalement. Vers l’âge de quatre mois les médecins ont tenté une opération, nous étions avertis que les résultats de survie étaient très mauvais, mais c’était soit l’opération, soit la voir mourir en s’asphyxiant, nous avons privilégié l’opération. Si au début nous avons pensé que ta jumelle était sauvée, il nous a bien fallu nous rendre à l’évidence, elle dépérissait et petit à petit elle s’est éteinte.
  • Quand elle est morte c’était au mois de mai ?
  • Oui ! Je sais tu as eu ton accident en avril et quand tu as commencé à donner des signes de vie c’était le jour anniversaire de la mort de ta sœur.
  • Elle se nommait Rebecca ma sœur ?
  • Oui, Marion ta jumelle s’appelait Rebecca, comme la sœur de Mario, c’est sa cornée.

J’ai juste dit merci à mon père et aussi à Mario qui avait accepté de donner la cornée de sa sœur morte elle aussi tout comme Grâce dans un accident de voitures.

 

Depuis ces événements Mario a soutenu sa thèse devant d’imminents « pontes, mandarins et médecins, il est désormais médecin en Suisse. Bientôt j’irai vivre avec lui et je rencontrerais la jumelle de Rebecca, j’aurais l’impression de retrouver la mienne.

 

FIN

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