Le début des ennuis (La traversée dangereuse )

J’étais déjà là depuis plus de deux mois lorsque je me suis aperçu que je commençais à pouvoir écrire à nouveau, je me gardais bien d’en informer les médecins, car je sentais que le monde idyllique dans lequel j’étais disparaîtrait immédiatement si j’osais leur dire que tout ce qu’il me faisait avait des résultats. Je pouvais me promener dans les couloirs et un jour alors que je croisais une jeune femme, je lui avais dit bonjour, certes ma voix était un peu rauque mais je pouvais parler à nouveau. En revenant dans ma chambre je décidais de cacher le plus longtemps possible aux médecins, kinés et autres thérapeutes que j’avais retrouvé l’usage de ma voix. Rien ne me prédisposait aux mensonges mais compte tenu des présomptions qui me pesaient sur la tête et les épaules, il était préférable à rester ce muet qui recevait la compassion de toutes les infirmières plutôt que de revenir l’homme que j’étais avant mon accident.

 

Le personnel était au petit soin pour moi, me plaignant, me chouchoutant, me dorlotant, pour l’instant je n’étais pas le monstre que j’allais devenir au cours des mois suivants. Je préférais attirer l’empathie que le dégoût. Mais pour ne pas devenir fou je m’absentais et me rendais à la cafétéria lorsque personne ne s’y trouvait, disait bonjour à des passants imaginaires, bref, en un mot je travaillais ma voix.

 

Un jour alors que je pensais être seul, je me trouvais nez à nez avec une belle blonde qui fut interloqué, si moi je ne l’avais pas reconnu, elle, par contre savait exactement qui j’étais, ce dont elle me fit part assez rapidement :

 

  • Monsieur Mario, quelle bonne nouvelle ! Vous avez retrouvé l’usage de votre voix
  • Je le découvre en même temps que vous, je regardais la neige tombée et j’ai eu ce oh de surprise.
  • Vous avez une belle voix ;
  • Sachez qu’elle est différente, d’où mon hésitation à parler, je ne me reconnais pas.
  • Elle est peut-être plus rauque qu’autrefois, mais petit à petit vous vous y habituerez. De plus comme je viens de vous le dire vous avez une voix charmeuse.
  • Si vous le dîtes ;

 

Je l’entends rire alors qu’elle s’éloigne de moi, maintenant il en est finis de ma tranquillité, elle va aller le crier sur les toits, les flics vont réapparaître et ils m’emmèneront vite dans une de leur prison pour y attendre mon procès. Mais alors que je repars, la blonde m’attend, elle m’apprend qu’elle est technicienne de surface, qu’elle ne dévoilera pas mon secret, car elle se doute que je serai ennuyé. J’apprends qu’elle le sait depuis plus de quinze jours que je parle mais n’avait pas encore trouvé le moment pour m’en faire part. Elle me tourne autour, me dit que je suis bel homme, je sens qu’elle n’a qu’une envie c’est se trouver dans mon lit. Je la rassure aussitôt je n’ai pas de goût à la bagatelle, mais dès que j’irai mieux je l’inviterais au restaurant, voire plus si affinités, ce qui la fait rire, mais je lui fais promettre que d’ici là elle se garde bien de dire à qui que ce soit que j’ai retrouvé l’usage de la parole.

Avec sa promesse en poche, nous remontons tous les deux au cinquième étage, dans l’ascenseur je sens son envie de folie et je lui demande de m’accompagner dans les toilettes, ces dernières sont fort propres, mais elle préfère m’entraîner dans la lingerie dont elle possède la clef, tout en devisant, elle pousse mon fauteuil et nous nous trouvons dans une buanderie, qui fait aussi office de salle de repassage, je pense que la coquine a déjà eu l’idée d’y aller avec d’autres. Elle minaude, tourne du cul, s’approche de moi et me colle un baiser timide sur la bouche. Sa bouche a un goût mentholé, je sens une envie irrésistible montée en moi, je me laisse faire. Elle ôte sa blouse, elle est quasiment nue dessous, je pense qu’elle a prémédité son geste. Ses seins ne sont tenus que par mon regard, car ils explosent dans le soutien-gorge minimaliste qu’elle porte. Hélas au moment où elle s’approche pour me sortir de mon fauteuil, alors qu’elle a déjà ouvert ma robe de chambre et baisser mon caleçon pour passer sa langue sur mon attribut au garde à vous, nous entendons un bruit à la porte. Elle met son doigt sur sa bouche, me réajuste mes vêtements, me pousse dans un réduit qui ressemble plus ou moins à un placard, et ouvre la porte. J’ai le temps d’apercevoir un des infirmiers qui est à mon étage, la petite le connaît, l’autre a ‘habitude de la retrouver ici. J’entends plus que je ne vois ce qu’il lui fait subir, ses gloussements, ses cris, ses râles et elle en redemande. Je pense que je me suis endormi, dégoûté que ce soit lui qui récupère ses envies et non moi. Si la dame voulait coucher avec moi c’est certainement qu’un futur prisonnier ex muet ne faisait pas encore parti de sa liste d’amants. Il faut que je m’échappe de cet hôpital sinon cette demoiselle m’ajoutera à ses trophées. De plus je suis à la merci de sa parole donnée. Lorsque je la quitte j’apprends qu’elle sera absente un mois, qu’elle espère qu’à son retour je serais plus en forme, elle n’est pas gênée de s’être envoyé en l’air devant moi, au contraire cela lui a permis de décupler sa libido ce qu’elle m’assène en me déposant au seul de ma chambre. Dans cette dernière je retrouve les deux inspecteurs qui essayent d’en savoir davantage sur moi, mais pour eux je suis toujours dans un mutisme total.

Toutefois pour montrer un peu de bonne volonté je leur écrit que je peux essayer de dialoguer avec eux en écrivant. L’inspecteur en chef semble ravi, mais déchante vite quand il s’aperçoit que je ne peux répondre à la vitesse qu’il aimerait. Le plus jeune et aussi le moins gradé me dit de prendre mon temps. Il écrit à ma place les questions et me demande d’essayer d’y répondre et ce avant midi, moment où ils viendront récupérer mes réponses. J’ai l’impression que je suis revenu sur les bancs du collège. J’acquiesce car je dois les mettre dans ma poche, et je leur écrit que je leur rendrais ma copie d’ici midi, ce qui les fait rire. Je veux bien répondre à leurs questions mais je n’ai pas la moindre idée de ce qu’ils aimeraient entendre. Il faut que je me concentre, afin de pouvoir comprendre. Cependant je devrais avoir un avocat à mes côtés, je dois l’appeler, c’est compliqué car je ne suis pas censé parler. Je sonne et une infirmière arrive, je lui écris ma demande et elle accepte d’appeler mon avocat. Ce dernier se charge de dire à la police que je ne pourrais pas répondre à leurs questions d’ici midi car j’ai tout de même quelques difficultés pour écrire et aussi qu’il doit me rencontrer ce qui est la manière d’opérer en France. En effet mon avocat est Suisse, j’ai paré au plus pressé aidé en cela par ma famille qui est soudée derrière moi, y compris mes parents et mon frère aîné. Ma sœur je n’ai pas eu besoin de la convaincre, elle a toujours été à mes côtés.

Mon avocat arrive vers les 14 h, nous avons, montre en mains juste une petite vingtaine de minutes pour que je puisse écrire mes réponses.

 

En préambule je dois apposer mes noms et prénoms ce que  se charge de faire mon avocat, puis arrive les questions plus personnelles.

  • Décrivez nous ou vous étiez lorsque vous avez vu tomber la jeune fille ?
  • Quelles personnes avez-vous rencontrées ?
  • Combien de temps avez-vous mis pour vous rendre au refuge ?
  • Quelle heure était-il quand vous avez croisé le professeur ?
  • Avez-vous essayé de le sauver ? Ou avez-vous passé votre chemin sans vous préoccuper de lui ?
  • Dans votre périple nous avons un trou d’une quinzaine de jours, où étiez-vous ? Avec qui ? Qu’avez-vous fait ? 
  • Pourquoi avez-vous tabassé le douanier ?
  • A quels moments avez-vous retrouvés votre femme et pour quelle raison cette dernière vous a accompagné ?
  • Quels jours étiez-vous aux échelles de la mort ?
  • Qui est Zoé pour vous ?
  • Qui sont les jeunes filles qui ont donné l’alerte ? Qui est l’homme qui selon vos premiers dires vous aurait poussé ? 

Il y a une liste de questions tout aussi stupide les unes que les autres comme si je pouvais répondre à toutes ces questions, ayant perdu le moindre souvenir des détails, les seules choses dont je me souvienne c’est la fille qui est tombée de l’arbre, mais je ne pouvais rien faire compte tenu qu’elle était bien entourée et que moi j’étais fort loin. Je note que j’ai croisé une première fois mais en sens inverse celui qui se faisait appeler Commandant, que c’est lui qui m’a indiqué la cabane et que c’est en arrivant presque au sommet que j’ai entendu des appels, que je me suis penché et tendu la main à ce professeur, mais qu’il devait être affaiblis car il n’arrivait pas à m’attraper la main, même si à un moment en me penchant davantage j’y suis arrivé, il me l’a lâché rapidement et je n’ai pas pu le retenir. J’ai plusieurs fois appelé, ne voyant pas du tout à quel endroit il se trouvait, et voyant la nuit tombée j’avais essayé de téléphoner pour appeler les secours, hélas mon téléphone ne passait pas et la batterie était dans le rouge.

Pour la question concernant le douanier je note que je n’en n’ai aucun souvenir et que j’en suis désolé. Alors que je me souviens que j’étais dans une rage folle mais que jamais au grand jamais je l’aurai tué.

Je note que j’ai rencontré Maud par hasard sur Montbéliard et que de suite elle a voulu partir avec moi, ce dont je ne l’ai pas dissuadé. J’ai l’impression que les questions ne sont pas dans l’ordre mais je ne vais pas le leur dire, ou plutôt le leur écrire, je m’en fiche royalement. Au moment où j’écris je sais que je vais mettre  une nouvelle fois les voiles.

A suivre…

Commentaires

  1. Hello, Je ne reviens que doucement sur les blogs après une absence qui a durer plus que prévu mais j’ai fini la 2ème partie je présume qu’il y une 3 non? J’aime j’aime et bien envie de savoir la suite….Bisoussss

  2. Pourquoi dis-tu le début des ennuis ? Il ne fait qu’en avoir !
    Allons, pourquoi veut-il encore se sauver ? Je ne sais pas si c’est la meilleure méthode mais sûr que pour toi … tu nous tiens en haleine.
    Bisous

  3. Bonsoir Evajoe,

    Les ennuies? Ben, à mon humble avis, il y est jusqu’au cou depuis pas mal de temps déjà. 🙂 Pourquoi vouloir fuir encore? Je ne comprends pas ce Mario. Il a un avocat qui peut le conseiller. Il a enfin l’occasion de s’expliquer, de tenter de désamorcer une situation catastrophique pour lui.
    Je me demande comment il va se sortir de ce guêpier.
    Gros bisous
    😉

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