Le Conseil de Famille (chapitre 9)

 

 

La fin de semaine était arrivée assez rapidement et sans trop de problèmes pour Victoire. Bien entendu, elle avait été obligée de présenter des excuses à toutes les fillettes  avec qui elle avait été désobligeante, mais la punition était juste.

La directrice pour ne pas cibler les sixièmes avait réuni l’ensemble des élèves internes pour leur rappeler la règle d’or de l’établissement, toujours se référer à un supérieur en cas de litiges et ne jamais faire justice soi-même, mais elle n’avait pas convoqué ni Léa, ni France, et encore moins Erika qui s’était sentie fautive de n’avoir pu être là.

Enfin la voiture de Bonne Maman vient d’arriver, les deux fillettes avec leurs bagages s’engouffrent dans la voiture. Auparavant, elles ont salué Monsieur Donnât et dit au revoir à Léa qui part chez son père ; et elles se retrouveront tous la seconde semaine car Denis les aura rejointes. Le papa de Léa avait été informé par leur père qu’il devrait s’occuper en plus de France de sa seconde fille née hors mariage. Aussi en partant il leur dit :

-Nous ferons plus ample connaissance dans une semaine, car là  nous devons nous dépêcher de rentrer. A bientôt Mesdemoiselles Delmas.

 Ce qui fit rosir de plaisir Victoire, qui, pour elle, porter ce nom était devenu un grand honneur depuis qu’elle avait réussi à crever l’abcès avec  sa sœur. Tout en roulant, France fait des parallèles entre la famille de son amie et la sienne, mais pas celle qu’elle forme avec son papa et sa maman et prochainement Victoire, mais la grande famille. Et la conclusion à laquelle elle arrive lui parait fort étrange, en effet chez Léa ce qui a de la valeur c’est la manière de donner une bonne éducation et non l’argent ou la renommée. Bien que d’un grade fort important, le papa de Léa mène avec ses deux enfants une vie simple, ils se chérissent tous, et personne n’essaie d’emmener l’autre dans des histoires étranges.

France trouvait que chez les Delmas la grande famille était gentille, mais il y avait toujours des bruits de couloir, des sous-entendus, de vieilles histoires qui rongeaient un à un les membres de la famille. Tout d’abord son oncle qui s’était donné la mort si on en parlait on avait toujours des chut ! Ensuite cette rancœur de Fabien envers son oncle le père de France et Victoire. Puis Bonne Maman qui se taisait souvent quand on arrivait près d’elle, et qui n’avait pas l’air de porter dans son cœur à la fois sa propre maman et maintenant, vu ce que lui en avait dit Victoire, sa soeur avait senti une certaine animosité de la part de celle qui apprenait son existence. Dans la grande maison c’était le patrimoine et le statut que cela leur donnait qui était toujours mis en avant. Cela était pesant.

Quand le chauffeur est arrivé, Victoire lui avait demandé si elle devait embrasser cet oncle, ce qui avait fait bien rire France, elle lui avait murmuré :

«  C’est le chauffeur de notre Grand-Mère »

Ce qui avait fait éclater de rire Victoire, et Léa qui avait surpris la conversation. En effet Victoire se sentait perplexe devant tous ces domestiques  qu’elle avait entrevus dans la grande maison. Elle appréhendait son arrivée, Fabien n’avait pas l’air de l’apprécier, et elle ne savait pas comment régler le conflit qu’elle voyait poindre dans sa vie.

Mais France, alors qu’elle était plus jeune qu’elle, la protégerait, elles se l’étaient mutuellement dit. Tout en roulant vers Lyon, les fillettes se taisent et chacune est plongée dans ses pensées.

France se souvient de tout ce que son père lui a appris concernant le Laboratoire DELMAS père et fils. C’est le patriarche c’est ainsi qu’il nommait son grand-père qui avait créé ce laboratoire. Au départ, les chercheurs étaient seulement Bon Papa qui était mort dix jours après le suicide de son fils aîné. France ne les avait pas connus, elle était née la même année mais trop petite pour s’en souvenir. Pour pouvoir continuer il fallait que ce soit Fabien, mais à l’époque il était bien trop jeune et son père lui avait toujours dit que jamais il ne pourrait prendre la tête de l’entreprise familiale. La raison, il ne lui avait pas dite. C’est donc son frère cadet, notre père qui avait quitté le CNRS, et Il reviendrait à elle de le remplacer quand elle serait en âge de le faire, mais pour cela il fallait qu’elle travaille bien à l’école, il lui demandait d’être au moins ingénieur chimiste. Il avait pour sa fille France un grand projet celui de mettre en place une antenne spécifique pour  fabriquer des parfums. Sa fille France connaissait déjà les deux premières fragrances, mais son papa attendait de le proposer sur le marché qu’elle soit en âge de le seconder, puis plus tard de voler de ses propres ailes.

France sentait que ses vacances de Pâques ne seraient pas de tout repos, car elle savait par une indiscrétion du chauffeur qu’elles venaient pour un Conseil de Famille. La raison, elles ne la connaissaient pas, et surtout elles ne comprenaient ni l’une ni l’autre. En chemin le chauffeur s’était arrêté et elles ont eu le plaisir de voir arriver Bertrand, le filleul de leur papa, lui aussi avait été obligé de changer ses vacances car son frère lui avait dit de rappliquer immédiatement. A peine arrivés, les domestiques de Bonne Maman viennent récupérer les bagages des trois enfants, et le chauffeur les conduit dans la bibliothèque où se trouve l’avocat de la famille, Fabien et sa mère et aussi Bonne Maman. Il n’y a ni leurs oncles, ni leur tante. Cela leur parait encore plus étrange, elles sont inquiètes. Quant à Bertrand, il se demande ce qu’il peut bien faire ici, alors qu’il devait partir avec sa classe à Londres. Il devrait toutefois les rejoindre plus tard, mais pour l’instant il doit embrasser sa mère qui se dit en porcelaine, et cette dernière  dépose à sa nièce France et à son fils un baiser sur le front, tend sa main à Victoire qui rougit sous l’affront. Du reste elle ne serre pas la main de cette femme qui ne lui est rien.

C’est Bonne Maman qui prend la parole la première :

–       Mes enfants, si je vous ai invités c’est parce que mon fils François, votre père m’y contraint. Il donne de ses nouvelles de temps en temps, et surtout il ne me dit pas ou il est. Mais peut-être que vous, France et Victoire, vous en savez plus que moi sa propre mère. Vous écrit-il ?

 

–       Oui, lui répond France, mais cela fait longtemps que je n’ai pas eu de courrier, car j’attends sa nouvelle adresse, il doit me la communiquer.

La mère de Fabien, hurle :

–       Depuis quand ?

Aussitôt France se met à pleurer, tant cette pression lui fait mal, mais Victoire joue son rôle de grande sœur à merveille.

–       Vous n’avez pas besoin d’agresser ma petite sœur, on a reçu du courrier il y a 8 jours et nous n’en savons pas plus, c’est tout ce que l’on peut vous dire.

 

–       Je ne m’adresse pas à toi, tu es une intrigante…

 

–       N’importe quoi ?

A ce moment-là, la Bonne Maman calme le jeu :

–       Voyons, ne nous énervons pas, il faut ma petite France que tu me donnes les lettres de ton papa.

 

–       Non Bonne Maman, papa me les a envoyées à moi et personne ne les lira, de toute façon je ne les ai pas. Et il ne me dit rien sur son travail sauf que bientôt je saurais tout.

 

–       Mais dans cette lettre il n’y a pas le code du coffre-fort de la famille ?

 

–       Non, pourquoi me donnerait-il cela, je ne parle jamais avec lui des affaires familiales.

Soudain Fabien, qui est dans une colère terrible prend la parole :

–       Et la formule du parfum tu ne l’aurais pas par hasard ?

 

–       Ah Papa veut faire du parfum ? c’est bien, mais si toi tu le sais et bien moi, je ne suis pas dans le secret, tu es le premier à me l’apprendre.

Du coup Fabien se mord les lèvres, et lui dit qu’il faut qu’elle pense à l’avertir le plus rapidement possible si son père lui met dans une de ses lettres une formule. Il lui explique que ce sont de drôles de signes que bien entendu elle ne peut utiliser vu qu’elle n’y connait rien. En petite fille bien élevée, France acquiesce, se gardant bien de lui dire qu’elle n’en fera rien. Maintenant c’est au tour de Bertrand d’être sous le feu des questions de sa maman et de son frère, mais lui ne peut rien dire de plus que les filles.

Finalement Fabien a trouvé qu’il avait perdu assez de temps avec les petits comme il les appelait. Il se sauve pour travailler et laisse sa mère en tête à tête avec sa grand-mère. Quant à Bertrand il attend sur le perron que sa mère en ait terminé avec Bonne Maman.

France a accompagné Victoire au premier étage et lui confie qu’elles vont coucher toutes les deux dans la chambre de leur papa, c’est la femme de chambre qui le lui a confié. Pour la circonstance ils ont ajouté un des lits d’une autre chambre. Mais ce qui ne rassure nullement France, ce sont les propos de sa grand-mère, elle voulait lire ses lettres. N’allait-elle pas profiter d’une de ses absences pour venir fouiller dans sa valise et découvrir la fameuse clef que son père lui a confiée, et qu’elle a rapportée du lycée pour la mettre en lieu sûr chez Léa où elles doivent se rendre assez rapidement. Cet après-midi, elle va profiter de l’absence de sa Bonne Maman qui doit se rendre à un bridge chez des amies, pour aller visiter sa maman. Elle a même demandé à Victoire de l’accompagner, ne voulant pas la laisser seule dans la grande maison. Mais il lui faut auparavant avoir le feu vert de sa Grand-Mère ce qui n’est pas encore certain.

Voilà sa tante qui quitte avec perte et fracas la grande Maison, avec un regard courroucé envers ses deux nièces, elle s’éclipse rapidement et dès que  leur grand-mère apparaît, France lui fait la proposition suivante :

–       Bonne Maman, j’ai appris que vous alliez voir vos amies pour un bridge, aussi pour pouvoir profiter de vous, je n’irai pas demain voir Maman, mais cet après-midi et Victoire m’accompagnera. De cette manière je lui présenterai maman, et j’en suis certaine elle sera une seconde maman pour elle.

 

–       Ma petite fille j’avais prévu autre chose pour vous deux cet après-midi, car ton parrain arrivant demain du Bénin, s’était proposé pour vous accompagner à la maison de repos. Mais finalement, le chauffeur me déposera et fera un détour pour vous y emmener.

 

–       Oh merci Bonne-Maman !

 

–       Ne me remercie pas, c’est bien normal que tu puisses aller voir ta mère.

Elle tourne les talons, sans un autre mot, pour se rendre à la cuisine afin de donner des ordres pour qu’ils servent le déjeuner à midi tapante. Mais Bonne Maman faisait toujours la difficile habituellement pour que sa petite-fille puisse aller voir sa mère, ce fut la première chose qui inquiéta France, mais elle n’en fit pas part à sa sœur aînée, elle garda pour elle ses questions.

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