L’attente (suite)

 

 

 

Pierre a juste eu le temps en roulant de s’aplatir derrière un vieux chariot, il doit faire le mort, mais espère que Jeff n’est  pas grièvement blessé. Des bruits, des cris se font entendre :

–          Que personne ne bouge, sinon vous risquez de prendre une balle perdue, à quel jeu  jouez-vous ?

Pierre entend l’éducateur répondre :

–          A rien, je suis éducateur de rue et je suis venu récupérer les gamins dont je m’occupe, je sais qu’ils passent leur temps ici à refaire le monde. Mais cet homme doit être blessé, pourquoi lui avoir tiré dessus ?

 

–          Ce ne sont pas vos affaires, nous allons nous en occuper, dégagez et plus vite que ça !

–          Vous n’êtes pas d’ici, car vous ignorez que les jeunes ont fait de ces hangars leur base de jeux !

 

–          Déguerpissez ! Moins vous en saurez mieux vous vous porterez,  Et, Monsieur l’éducateur, n’oubliez pas que votre petit frère est sous surveillance constante, aussi, tenez-vous à carreaux.

Pierre essaye sans faire de bruit de se glisser à nouveau dans un des recoins que cet entrepôt regorge, mais ce n’est pas chose facile, il est à quelques encablures de son ami d’enfance, et hélas il ne peut rien faire. Le plus grand de ceux qui est intervenu se penche sur lui, et dit : il a son compte, ce traitre ne nous mènera plus en bateau, quand à l’autre, il doit être loin, rentrons, nous avons encore du boulot sur la planche. Cette nuit c’est le grand jour et à nous la marchandise, les deux gêneurs ont disparu. Vous deux, vous allez rester à l’entrée B, au cas où il se passe quelques choses d’inhabituelles, ne vous montrez sous aucun prétexte, faîtes le mort.

–          Pas de problèmes, chef

Ils s’éloignent et à nouveau un silence, mais ce silence est glacial, il fait froid dans le dos de Pierre, c’est comme si la mort flottait dans les hangars. Jeff, mort, quel horreur, que va-t-il pouvoir dire à sa femme ? Il lui faut en avoir le cœur net, mais se méfier ce ne sont pas des enfants de chœur. En rampant, Pierre avance millimètres par millimètres et petit à petit il voit de dos les deux hommes s’éloigner pour se rendre à l’autre extrémité, il lui faut encore attendre.. Il faudrait faire diversion, mais comment ? Il lui faut réfléchir mais les minutes jouent en défaveur de son ami. Pierre a brusquement une idée, il prend une de ses pommes, se lève et la jette sur un des wagons qui se trouvent quelques mètres devant lui. C’est un bon tireur, il devrait faire mouche. Lorsque sa cible atteint son but, il voit les deux hommes porter la main à leur côté et s’avancer dans la direction du bruit. Pierre se lève et se laisse tomber auprès de son ami. Il met la main sur son cou vers la veine et sent un faible battement, ouf il n’est pas mort, mais au ventre il a une vilaine plaie faîtes par la balle, il lui faut des soins. Elle saigne abondamment. Au même moment, il aperçoit que sa main est ouverte, paume vers le plafond et il a entre ses doigts un papier pas plus grand qu’une feuille à cigarette. Pierre la prend et à ce moment-là  il entend des sirènes, ce sont les pompiers, l’éducateur a dû les appeler, à défaut des flics, ce sera mieux. Mais il lui faut éviter d’être là, car il ne sait pas ce que vont faire les deux malfrats. En effet,  à leur tour ils s’enfuient de son côté, il ne doit sa chance qu’à la faible lumière, ils filent sans demander leur reste. Les pompiers font rapidement le nécessaire et toutes sirènes hurlantes repartent vers l’hôpital le plus proche. Et à nouveau le silence. Dans la lumière des phares il a vu la tête des deux hommes, eux aussi ce sont des négociants en fruits et légumes. Il doit y avoir une affaire juteuse, c’est bien le cas de le dire, là-dessous.

Pierre pense se rendre à la police mais il a si peu d’éléments, quoique son ami blessé puisse sûrement l’aider, mais sera-t-il en état de parler et surtout va-t-il pouvoir accéder à sa chambre. Pierre en se guidant de sa lampe de poche, s’en va vers une des sorties, surtout éviter la grande porte la B et partir par une des petites portes qui donnent sur l’entrée qu’il a vu de sa fenêtre lorsqu’il était enfermé. Il va lui falloir de la dextérité, car les fils de fer barbelés sont un peu hauts et assez coupant, mais avec son canif il devrait y arriver. Il escalade rapidement un des poteaux, et une chance il y a déjà un énorme trou, il se glisse par là et saute à pieds joints de l’autre côté. Maintenant il lui faut se repérer, voici au loin le port et la ville et pas âme qui vive ici. Tant pis, en rasant les murs, sa capuche sur la tête pour faire banlieusard, le voici partis et il court, car il lui faut être sur le port avant le départ pour la mer de son frère. Pendant sa pêche il aura l’occasion de lui parler et ensemble ils aviseront.

 

La nuit est tombée depuis déjà deux heures, et Pierre attend le départ de son frère pour se glisser sur son bateau, pas la peine de se faire repérer par les marins, cela évitera les mauvaises surprises. Il espère qu’il n’est pas surveillé, car tout le monde le connait comme détective amateur, il a déjà résolu de nombreuses affaires au nez et à la barbe de la  police. De toutes façons si les négociants étaient venu le questionner, cela lui aurait mis la puce à l’oreille, car Pierre ne fait pas les manchettes des journaux, personne n’a pu signaler sa disparition, puisque  il était censé être en congé  jusqu’à la fin de la semaine. Après ce serait une autre histoire, mais on en était pas là. Enfin, voici la corne qui annonce leur départ, vite, Pierre se glisse sur le bateau in-extrémis. Il va directement à la cabine de son frère et au moment où il rentre, il aperçoit un Chinois, immense qui est allongé sur la couchette de son frère.

–          Enfin, vous en avez mis du temps à venir Monsieur le fouilleur de merde.

 

A suivre….

 

 

EvaJoe novembre 2013 Copyright

16 réponses à L’attente (suite)

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