La vie d’à côté

 

Il y avait déjà quinze jours que Myriam avait rencontré Cathy, elle n’en revenait pas après toutes ces années où ni l’une ni l’autre n’avaient fait le premier pas, il avait fallu ce concours de circonstance pour qu’elles puissent à nouveau tisser des liens. Puis de fil en aiguilles Myriam avait appris que Cathy travaillait à l’abattoir Municipale de la ville voisine. Le patron était un dénommé Gilbert, un vrai salop c’est ce que disaient tous ceux qui en étaient partis. Mais Myriam avait ses raisons, elle voulait se faire embaucher et tous les moyens seraient bons pour qu’elle puisse entrer dans la place. Aussi, Cathy allait le lui permettre. Et ce matin, elle allait passer un entretien d’embauche. Mais devant sa glace elle, qui pensait ourler ses cils de son plus beau mascara vert, venait de recevoir un appel téléphonique, c’était Cathy, que lui voulait-elle ?

 

  • Oui, Myriam, je t’écoute Cathy
  • Myriam, j’ai complètement oublié de te dire, ne te rends pas à ton entretien maquillée, le Boss déteste.
  • Et bien tu as de la chance, j’ai faillis me mettre mon mascara, me peindre les lèvres en rouge carmin. Ouf ! Tu penses que je ne serais pas prise si je me maquille.
  • Oui, j’en suis certaine, met rien, vas-y naturellement.
  • Merci et à plus tard.
  • Tu me le diras si tu es prise ?
  • Oui bien sûr !

Myriam vérifie si ces bas ne sont pas filés, ce ne serait pas le moment, voilà il est grand temps d’y aller. Elle dévale les escaliers, passe par le sous-sol et récupère sa petite KA verte. Puis, elle prend rapidement la voie express et arrive sans encombre à l’abattoir Municipale. De l’extérieur c’est grand, voire immense. Elle parvient  sans encombre à la grille, il faut un laisser passer, mais il y a une sonnette. Au moment où elle va poser son doigt dessus, elle voit face à elle un jeune homme grand, brun au teint basané.

  • Bonjour, je suis de la maison, vous avez besoin de quelques choses ?
  • Oui, que l’on m’ouvre la porte j’ai un rendez-vous avec Mr Gilbert Carré.
  • Ah c’est vous que le « Boss » attend.
  • Je ne sais pas si c’est moi, mais j’ai rendez-vous à neuf heure, et, j’aimerais si possible ne pas arriver en retard.
  • Ne vous inquiétez pas Mademoiselle, le « Boss » n’est pas encore là. Même si cela se trouve vous risquez d’attendre longtemps.
  • Ce n’est pas grave j’ai tout mon temps.
  • Voilà Mademoiselle, vous devez vous diriger vers les bureaux, peut-être à plus tard ;
  • Si je suis prise à plus tard, mais d’ores et déjà merci.

Très absorbée par son rendez-vous, elle ne voit pas le regard que lui lance ce jeune homme ; il se gratte le menton et ne comprends pas la raison pour laquelle cette femme l’intrigue. Pourtant des femmes, ici, ce n’est pas ce qui manque. Elles sont au moins trente à travailler. Celle-ci vu son port de tête doit venir bosser dans les bureaux. C’est un beau brin de fille, mais ce n’est pas cela qui a alerté le fils du « Boss ». Il y a autres choses mais il ne sait pas ce que c’est. Il doit la connaître, il attend de voir si on va l’embaucher, et il ira voir sa fiche d’embauche pour connaître son nom de famille. Et, au pire il en parlera avec « le Boss ». Il déteste ne pas savoir, ici il règne en maître sur les filles, il connaît tout de leur vie. Si elles ont des petits copains, si elles sont mariées, si elles ont des enfants, en un mot il sait même si elles ont un amant ou si elles n’ont personne. Celle-là semblait bien renseigner pas une once de maquillage sur la peau, pas de rouge à lèvres, elle devait connaître une des filles de l’abattoir ou des bureaux. Il lui faudra suivre ça de prêt.

Mais revenons à Myriam, la voici dans un petit salon aux murs blancs assise dans un fauteuil en cuir marron, face à elle de grandes baies vitrées qui donnent sur la ville plus bas. Une table basse avec des magazines. Elle attend, elle n’a ni envie de lire, ni envie de regarder par la fenêtre, elle sait que c’est le moment dont elle a rêvé toute sa vie, se retrouver ici et le rencontrer. Mais elle n’a pas le temps de réfléchir que la porte s’entrouvre et la petite secrétaire qu’elle a entrevue  en arrivant l’introduit dans le bureau du « Boss ».

  • Monsieur Carré va arriver, vous pouvez vous asseoir
  • Merci Madame !

Elle sort, mais Myriam ne s’assoit pas, elle reste debout, Cathy l’a bien avertis, attention dans son bureau, ne prends pas un fauteuil surtout si le Boss n’est pas là, sinon il te renverra ; car Monsieur estime que si on s’assoit en son absence cela veut dire que l’on pense être sur un terrain conquis. Lorsque la porte s’ouvre sur le côté, elle sait de suite qu’il y a un malentendu, cet homme a dans les 45 ans, le jeune homme qu’elle a croisé en bas est plus son frère que son fils. Cela commence mal, mais tant pis elle est là, elle en saura mieux par l’intermédiaire de Cathy.

  • Mademoiselle ?
  • Bonjour Monsieur Carré je suis Myriam Madord
  • Oui, j’ai votre fiche sous les yeux, donc vous n’avez pas de diplômes,
  • Non, mais je suis une bosseuse et je peux faire tout ce qui se présentera,
  • Qu’avez-vous fait jusqu’à présent ?
  • Je vous ai apporté mes contrats de travail, les voilà ;

Il les parcourt et relève les yeux en la regardant d’une manière un peu interloqué.

  • Mais vous avez quel âge ?
  • J’ai 25 ans Monsieur Carré !
  • Vous avez quitté l’école à 16 ans pour quelles raisons ?
  • J’ai quitté le foyer où je me trouvais, j’ai fugué ;
  • Ah ! Vous n’avez pas de parents ?
  • J’ai seulement ma mère ;
  • Je vois que vous avez travaillé dans une boucherie. Bon je ne vais pas vous mettre dans les bureaux, mais à l’emballage. Je vais appeler une des contremaîtresses, on va vous montrer le travail. Vous pouvez commencer quand donc ?
  • Dès que vous me le dîtes.
  • Alors dès demain 4 h rendez-vous à la grille par laquelle vous êtes entré tout à l’heure.
  • Merci !

Et, sans autres formes de procès, ils se quittent, mais tout comme son frère tantôt, le « Boss » est dubitatif, cette fille lui rappelle quelqu’un ; mais qui ? De plus elle n’a commis aucune bévue comme si on l’avait renseigné. Il lui faudra la garder à l’œil cette fille.

 

A suivre…

Commentaires

  1. Ah, il y a déjà anguille sous roche ou comme dirait ma fille “baleine sous gravier” ! mademoiselle préparerait-elle une petite vengeance ?
    Bisous et bonne soirée.

  2. Chouette! ça commence fort bien. Un milieu original peu exploité. D’entrée, le mystère s’installe et les questions apparaissent.
    J’aime 😉
    Gros bisous!!!

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