La vie d’à côté (suite 4 )

Une Punto noire qui attendait en double file s’avance et prend la place de la KA vert pomme d’Amélia qui vient de sortir avec une valise. Si elle quitte définitivement l’appartement il va avoir le temps de mener à bien ses recherches songe Bertrand. Il rapporterait à son oncle tout ce qu’il allait y trouver, mais au moment où il sort de sa voiture,  il aperçoit une grosse berline noire garée sur le trottoir d’en face, en sort une espèce de gorille, alerté par un sens inné de la suspicion il ferme à distance sa voiture et suit cet homme. Il le voit ouvrir la boîte aux lettres de la jeune femme, prendre l’ascenseur, alors n’écoutant que son courage il monte l’étage le plus rapidement possible et arrive avant le gorille, il ouvre la porte et a juste le temps de se cacher dans la salle de bains ; il était revenu après la visite du vieux, il connaissait bien l’appartement. La porte est à claire voie il peut observer les faits et gestes de l’individu. Il fait ce qu’il aurait dû faire, passer l’appartement aux peignes fins. Mais une chose curieuse attire son regard,  l’homme récupère un petit objet noir, de suite Bertrand pense à un micro, puis il le voit dévisser la grille d’aération et en retirer une petite caméra. Il pense intérieurement on se croirait dans un film d’espionnage. Mais hélas il n’a pas le temps de se poser d’autres questions qu’il se trouve face à face avec l’individu. Le premier moment de stupeur passé il s’élance contre le gorille mais c’est peine perdue, il a deux fois sa carrure, l’autre lui assène un uppercut au menton et il s’effondre sur le sol carrelé de la salle de bain. Une main experte le fouille, il récupère ses papiers, laisse l’argent et va pour partir, mais il n’a pas vu qu’à la porte d’entrée on l’observait, cet homme tire à bout portant, le gorille s’effondre. Personne n’entend rien, ni Bertrand encore groggy sur le sol ou qui que ce soit, car l’arme était munie d’un silencieux. A son tour il le fouille méticuleusement, il trouve le micro, la caméra et un fin mouchoir de batiste avec deux lettres entrelacées « RC », ainsi que le portefeuille du jeune homme. Il le remet dans la poche de Bertrand  et s’en va en laissant les deux hommes. Il glisse le mouchoir dans une grande enveloppe et la glisse dans une boîte aux lettres. C’est un téléphone qui réveille Bertrand, il reprend ses esprits, il est couché à même le carrelage de la salle de bain, mais ce qui l’intrigue c’est qu’il voit deux pieds dépassés vers la porte. Il se lève et se penche sur l’homme qu’il a vu prendre l’ascenseur il y a déjà quelques heures, avant de poser la main sur lui, il prend une paire de gants chirurgicale ne voulant pas laisser ses empreintes sur cet individu, car ces années passées à l’hôpital et plus particulièrement aux urgences l’ont alerté, cet homme est mort, il a même reçu une balle et il l’a reçue en plein cœur. Ce n’est pas un amateur qui lui a tiré dessus. Pourquoi lui a-t-on laissé la vie sauve ? Le connaissait-on ? Faut-il qu’il en parle à son oncle ou à la police ?

Il opte pour la police, il a toujours été un homme honnête, certes il lui faudra avouer s’être rendu dans cet appartement, mais il n’a pas commis d’effraction, il est rentré avec la clef que lui avait remise son oncle. Si quelqu’un doit être ennuyé cela ne peut être que son tonton chéri. Il glousse plutôt qu’il ne rit, referme la porte mais auparavant il a pris soin de récupérer le téléphone qui ne fait que sonner. Le numéro qui s’affiche, il sait à qui il appartient ; décidément cette journée est riche de rebondissement en rebondissement.

Alors qu’il est assis dans sa voiture et avant de se rendre au poste de police, il réfléchit sur tout ce qui s’est passé depuis la découverte du premier corps dans les abattoirs de son oncle, voire même en amont, quand il a emmené son oncle à cet appartement, cela lui avait semblé mystérieux, mais cela l’amusait, mais maintenant l’affaire se corsait et il était persuadé que les deux meurtres étaient liés, mais en l’état actuel des choses il ne savait pas où tout cela allait les mener. Il y avait déjà cette clef, ou plutôt ces clefs, car son oncle l’avait ôté d’un gros trousseau que lui Bertrand n’avait jamais vu auparavant. Son oncle avait enlevé le porte-clefs en murmurant « sacré Ginette », quand Bertrand lui avait demandé :

  • qui est Ginette ?

Il s’était mis à rire et avait ajouté :

  • une pute ! Mais occupes-toi de tes affaires !

 

Son oncle la jouait en chef suprême, mais pourtant il était intrigué par l’arrivée de cette belle brunette. Quand Gilbert avait fait allusion ce fameux lundi soir qu’il avait embauché une jeune fille à la chevelure magnifique et aux yeux verts, tout le monde s’était tourné vers Olivier qui avait lui aussi de jolis cheveux et de beaux yeux verts. Mais ce dernier avait éclaté de rire avant de jeter à la cantonade :

  • elle a 25 ans, elle pourrait être ma sœur certainement pas ma fille!

Tout le monde connaissait ses fredaines, il papillonnait, souvent son père était intervenu pour faire passer quelques enfants. Mais les dernières paroles d’Olivier avaient sonné comme le glas. Un grand silence s’était abattu dans la salle à manger de la villa, le vieux Roland s’en était bien sortis il avait abattu son poing sur la table en disant :

  • je ne suis plus aux abattoirs, je ne veux rien savoir, si l’un d’entre vous fait des vagues je le déshérite.

Puis quelques heures plus tard il avait fait appeler Bertrand et l’avait sommé d’exécuter un ordre :

  • quand à toi Bertrand à compter de ce jour tu ne quittes plus des yeux cette gamine, je veux tout connaître d’elle jusqu’à la couleur de sa petite culotte.

Bertrand s’était incliné devant son oncle, car ce vieux débris comme il se disait mentalement répondait au doux nom d’oncle. Son père le frère du « vieux » comme toute la ville le nommait l’avait élevé jusqu’à ses 5 ans, puis pour des raisons obscures ils s’étaient suicidés c’est ce que lui avait dit son oncle, il avait hérité de ce gamin si différent des siens, mais sa femme s’était enfuis le laissant seul avec trois enfants en bas âge, l’aîné Gilbert ressemblait à son père était resté à la maison, et Bertrand et Olivier avaient été mis en pension. Olivier avait le même âge que lui, mais ils ne s’entendaient pas, à la pension ils étaient affublés du même nom « les bâtards », il en ignorait encore à ce jour la raison.

En se regardant devant sa glace ce matin il avait été intrigué par sa ressemblance avec cette fille ; lui aussi avait de beaux yeux verts masqués par des lunettes, ayant une forte myopie comme son propre père, et aussi de beaux cheveux qui, s’ils les laissaient pousser cascadaient sur ses épaules en boucles. Pour avoir croisé dans les escaliers de l’entreprise cette jeune femme il savait que ces cheveux cascadaient sur ses épaules, quant à ses yeux verts, Olivier et Gilbert en avaient parlés à table. C’était pour le moins étrange, quand il l’avait suivi sur ordre de son oncle il était loin de s’imaginer qu’il avait un quelconque rapport avec elle, mais lequel ?

Quand trois semaines auparavant il avait fait cette sortie de route, il avait eu son salut que grâce au fermier qui le suivait en tracteur. Ce dernier l’avait sorti du fossé, et lui avait dit :

  • vous n’êtes pas de la région, sinon vous auriez pris le tournant plus doucement, que faisiez-vous ?
  • Je suivais une amie mais je ne comprends pas, je ne l’ai pas vu devant moi après le tournant.
  • Elle a dû prendre le chemin forestier !
  • Ah ! Et il va ou ce chemin ?
  • Nulle part, sauf si vous n’avez pas peur des ronces, il peut vous emmener au village voisin mais il est préférable soit d’être à pied, soit éventuellement en vélo. Mais cette amie vous avait vu ?
  • Non, j’ai fait demi-tour en croisant sa voiture, et je ne l’ai pas appelé sur son téléphone, je voulais lui faire la surprise.
  • Finalement vous avez certainement bien fait, car je pense que si cette jeune femme est rentrée dans la forêt par le chemin forestier, c’est qu’elle avait un rencart.

     

Il avait juste hoché la tête et ne s’était pas aventuré à confirmer ou infirmer les mots du paysan.

Cette Myriam était une maline, elle avait tout d’abord déjoué ses plans en s’apercevant qu’il la suivait, et lui était allé dans le décor, quand son oncle l’avait su il lui avait décoché une claque comme lorsque enfants il se battait avec Olivier et que son oncle intervenait en leur balançant de magistrales gifles  qui les envoyaient au tapis. Mais depuis cet épisode malheureux il avait changé de voitures et en passant inaperçu il l’avait suivi jusqu’à cet appartement en plein centre de Saint Aignan. Mais son oncle avait viré au cramoisi quand il lui avait donné l’adresse. Il n’en connaissait pas la raison. Avant d’aller parler à la police il lui faut mettre ses idées au clair.

 

A suivre…

Commentaires

  1. Il a intérêt à se dépêcher de mettre ses idées au clair, j’aimerais bien connaître ce qu’il va en ressortir.
    En Normandie ton histoire ?
    Bon week-end et bisous EvaJoe

    1. Je ne suis pas certaine que tu le sauras directement, rire, et pour cause c’est moi qui l’écrit…Non pas en Normandie c’est dans la Région Centre Val de Loire et plus particulièrement dans le département du Loir et Cher à quelques encablures de Blois et de Tours…Par là-bas il y a des abattoirs tristement célèbres, je m’en suis inspirée pour broder autour mon histoire.

      Bises et belle journée de dimanche

    1. Une famille qui est à l’opposé de la mienne d’où plus facile d’en parler et de la noircir davantage….Une famille tuyau de poêle comme tu le fais si bien remarquer, genre recomposée, mais je la verrais plus comme décomposée…hi hi!! Oui je suis cynique mais ce n’est qu’une histoire…
      Quand tu liras la suite tu comprendras mieux, mais pas certaine que Bertrand en fasse part à mes lecteurs…

      Suspens quand tu nous tiens.

      Bisous et beau dimanche

    1. C’est juste parce que ça se corse…Que cela vous embrouille l’esprit, mais c’est bien le jeu de l’auteur de vous entraîner là où il veut que vous alliez.

      La suite va venir…Encore et encore!!
      Bisous et beau dimanche !

    1. Dis-moi Gibee aurais tu des accointances avec l’auteur de ce suspens car il me semble que tu suis bien l’histoire et que tu devrais te faire engager comme détective privé…

      Hum hum je n’en dirais pas plus…

      Bisous et beau dimanche, profite, ah mince que dis-je il fait un temps moche chez toi…Viens chez moi il fait super beau, laisse toi dériver et arrive au point de partage des eaux en Bourgogne Franche Comté

  2. Deux morts. Et ben, ça déménage cette histoire! 🙂 Qui est ce nouveau venu qui tire sur le gorille? C’est intrigant qu’il ait épargné Bernard.
    Il faut bien de faire chauffer les neurones. Que va-t-il raconter au « vieux » et à la police?
    Gros bisous!!!

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.