La chute (La traversée dangereuse )

Il est à peine 13 h on dirait que nous marchons depuis dix heures tant le vent nous oblige sans cesse à s’arrêter, se cramponner au sol, c’est titanesque et complètement fou que de vouloir vaincre les éléments.  Je ne fais que me répéter, enfin dans ma tête que je dois dire au « Commandant » de s’arrêter et de trouver une anfractuosité de rocher pour s’abriter. Mais je continue alors que jusqu’à présent j’en ai fait qu’à ma tête. Lorsque dans une accalmie de cette tempête de neige je porte mon regard sur mon compagnon de marche j’ai comme un éclair si ce n’est de lucidité c’est tout au moins de souvenirs. Cet homme ne met pas totalement inconnu. Son port de tête, sa marche bizarre me rappelle un autre homme. Il se découpe sur la crête et doit sentir que je le fixe car brusquement se retourne et m’assène

  • Alors Mario tu m’as reconnu ?

Je suis légèrement déstabilisé, il sait que je commence à comprendre que j’ai des doutes sur le fait que notre rencontre ne fut  pas fortuite. Tout était voulu c’est maintenant dans la situation ubuesque où je me trouve que je le comprends. Je sens que le piège se referme autour de moi. Je le fixe d’un regard perdu sans lui laisser le temps de penser que je comprends qu’il y a quelques choses qui ne tournent pas rond surtout que je ne vois toujours pas qui il est. Je me hisse du mieux que je peux et le rejoint sur la petite plate-forme qui domine les sommets Suisse. Ni l’un ni l’autre ne prononçons un seul mot, je sens comme une chape de plomb qui plane au-dessus de moi. Machinalement je penche la tête et voit les villages au bas, mais là plus près de moi des éboulis de rocher, quelques arbres, je n’ai pas le temps de dire quoi que ce soit à mon compagnon que je sens une poussée dans mon dos, je suis déstabilisé, je me retiens comme je peux, j’attrape sur mon passage une racine et la serre maladroitement, puis en ressentant une brûlure horrible je la lâche. A nouveau c’est une descente infernale, je vois passé devant mes yeux des arbres enracinés dans la pente, des ronces enchevêtrées que je traverse tel un supersonique, j’essaye de planter mes pieds dans la terre, c’est peine perdue je continue ma course folle sur le ventre. Les mains en avant je vois un morceau de bois, espérons qu’il va tenir et je m’y accroche désespérément. C’est à ce moment-là que plus bas, là où se trouvent mes pieds  je sens une douleur aiguë à la jambe, ensuite c’est le trou noir.

Lorsque j’ouvre les yeux je vois devant moi deux pieds, ce sont ceux du  « Commandant », enfin il va m’aider, mais je sens à nouveau une douleur, ce mec est dingue il m’écrase les mains avec ses chaussures de montagne.

  • Arrêtez ! Êtes-vous devenu fou ?

Un rire sardonique me réponds, il n’en finit pas de rire, en d’autres circonstances j’aurais pu adhérer, mais là il appuie de tout son poids et ne me laisse aucune chance, bientôt je vais continuer de tomber. Je ne dois pas perdre mon sang froid, ne pas m’énerver. J’ai une jambe sur laquelle je ne puis plus compter, à ce moment-là j’ai pensé elle est cassée. L’autre est encore solide, aussi avec cette dernière je cherche un appui pour poser mon pied et lâcher si je le puis le rocher sur lequel je suis resté accroché lors de cette chute terrible. Il faut que je me dégage de cette chaussure, c’est peine perdue, il la maintient serré. Il va falloir négocier.

  • Commandant, vous avez assez ri, maintenant il serait temps de continuer notre chemin, vous voyez bien que vos pieds sont dessus mes mains.
  • Effectivement mon petit Mario je le sais, et j’aimerais savoir, cela vous fait quoi que de vous retrouver dans la posture où c’est trouvé ce professeur il y a quelques semaines.
  • Je ne comprends pas, je n’ai nullement écrasé les mains de qui que ce soit.
  • Je suis d’accord avec vous, par contre vous ne lui avez pas tendu la main.

Je ne vais pas parler des heures sur ce qui s’est passé il y a trois mois, il y va de ma survie car l’apique est impressionnant en dessous de moi. Aussi je joue cartes sur table, possible que cela peut me sauver la vie.

  • Commandant vous n’y étiez pas, je puis vous assurer que je lui ai tendu la main, il l’a saisi mais hélas il n’a pas réussi malgré tous mes efforts à passer sa jambe sur le surplomb et petit à petit j’ai senti sa main se desserrer, je n’ai rien pu faire.
  • Tu aurais pu mon petit Mario te préoccuper de son sort, savoir s’il était encore vivant, lui prodiguer quelques soins, le soulager et si tout était fini lui donner la main pour l’accompagner dans la mort, et surtout appeler les secours, avec l’hélicoptère cela aurai peut-être pu le sauver.
  • J’aurais sifflé pour appeler, mon portable était HS, le temps était mauvais, je n’ai pas eu d’éclair de lucidité, je suis médiocre, tu es le meilleur alors ôte tes pieds, car tu me reproches de ne pas avoir sauvé cet homme, par contre toi tu veux me tuer délibérément. Tu es encore plus minable que moi.
  • Adieu Mario, cherche qui je suis pendant le peu de temps qu’il te reste à vivre. Je ne donne pas cher de ta peau, certes la descente est moindre que lorsque je t’ai poussé, par contre en-dessous tu as des rochers et ensuite il n’y a plus rien, je connais cet endroit, il y a de beaux points de vue, personne ne s’y est aventuré depuis qu’il y a eu des accidents, l’endroit est condamné. Lorsque les secours que je ne manquerais pas d’appeler depuis le village te récupéreront, tu feras les manchettes des journaux et nous y lirons que tu étais un imprudent.
  • Pauvre con, dégage, je n’ai pas besoin de toi.
  • Adieu Mario !

C’est un soulagement lorsqu’il soulève ses pieds mais il est de courte durée, il me soulève les doigts puis une main et essaye de me pousser, je m’accroche à ses mains, puis petit à petit il m’écrase une seconde fois la main et alors plus rien ne me retient et à nouveau je tombe en poussant un cri.

J’avais tout de même assuré ma chute, la douleur dans le pied me tétanise, il faut que j’arrive à me stabiliser, mon autre pieds cherche un rocher plat ou tout au moins un lieu pour me poser, mes mains sont à la recherche d’une faille dans le rocher. Je ne vois plus mon bourreau, la casquette du rocher doit me le cacher. Attend-il l’hallali ? Je suis plus occupé à chercher un appui, que de vouloir savoir ce qu’il fait, je dois à tout prix trouver un endroit pour pouvoir le temps que je regarde si je peux remonter rester calme et reposer mes jambes sur lesquelles la tension a donné un tremblement que je ne peux pas contrôler. A force de tâtonner, je sens que là en dessous il y a un aplomb rocheux avec une esplanade certes exiguë, mais je n’ai pas le choix, je dois me poser, voire même reprendre des forces. Mon sac à dos est toujours bien accroché, dedans j’ai la moitié du repas que nous nous étions partagé au départ. Dans ma poche intérieure de mon blouson j’ai aussi mon pistolet, je vais éviter de l’utiliser quitte à m’en débarrasser, ne voulant pas être soupçonné de quoi que ce soit si par malheur je ne mourrais pas. Être retrouvé vivant en possession d’une arme n’est pas à mon avantage. Enfin je réussis tant bien que mal à atteindre le rocher. Dans un premier temps je me laisse aller tant je souffre. Je dois m’assoupir quelques instants, car soudain j’entends des rires au-dessus de ma tête. J’ai l’impression que ce sont les deux péronnelles à qui j’ai fait faux bond.

  • Au secours ! A l’aide !
  • Ohé : où êtes-vous ?
  • Là en dessous !
  • Qui êtes-vous ?
  • Un homme, un randonneur, je suis blessé, pouvez-vous m’aider.
  • Mario c’est vous ?

Que leur dire ? Que je ne suis pas ce Mario dont j’entends dans leur voix comme une suspicion.

  • Oui c’est moi
  • Adieu, démerdez-vous tout seul, vous nous avez abandonné, maintenant nous devrions vous secourir, nous n’avons rien, ni corde, ni quoi que ce soit. Nous acceptons juste de prévenir dans la vallée, hélas nous avons encore quelques heures de marche.
  • S’il vous plaît vous pourriez appeler les secours. Vous devez bien avoir un téléphone.
  • Oui, seulement ils sont vide ; nous ne pouvons rien pour vous, si nous croisons des randonneurs venant en sens inverse nous leur signalerons votre présence dans les rochers en contrebas du chemin, c’est tout ce que nous pouvons pour vous aider. En attendant bon courage.

A nouveau plus rien, je suis désespérément seul, en plus j’ai mal et le froid commence à m’envahir, je vais essayer de prendre un pull sans faire tomber mon sac en bas dans le vide. Si je fais un seul écart je suis mort. En dessous il n’y a rien. Ce type doit bien connaître le coin pour m’avoir poussé au seul endroit où les rochers sont suspendus dans le vide, tels des arêtes, sans qu’il y ai la possibilité de venir me récupérer, bien que le « Commandant » m’ ai parlé d’une montée interdite suite aux nombreux accidents. Des professionnels peuvent encore me récupérer de ce côté. Il faut que je téléphone, il me reste de la batterie. Je téléphone au seul numéro que je connaisse, tant pis si je me jette dans leur gueule, le peloton de secours en montagne ne me demandera pas ma carte d’identité, ils me sauveront même si je suis l’ennemi public numéro un.

  • Allo, je suis tombé du chemin de randonnée GR 5, je ne sais pas vraiment où je suis, la seule chose que je peux dire c’est que j’ai réussis à m’allonger sur une esplanade qui domine selon certains randonneurs des rochers par lesquels l’escalade est interdite.
  • Le temps de nous préparer, c’est bon nous savons où vous trouver, nous vous recommandons de vous protéger la température va baisser au cours des prochaines heures, il va certainement neigé. Si cela vous est possible laissez votre téléphone allumé, car je vois qu’il est doté d’un gps nous allons pouvoir vous récupérer plus facilement.
  • Merci !
  • Quel est votre nom ?
  • Mario grrrr

Je préfère couper la conversation ils croiront que mon téléphone ne passait plus. Je n’ose leur dire mon nom, pourtant il va bien falloir le leur dire, ils me rappellent.

  • Nous savons qui vous êtes, ne vous inquiétez pas, nous venons secourir toutes personnes blessées y compris les criminels.
  • Je ne suis pas
  • Un criminel, non cependant vous êtes recherché, en attendant reposez-vous, mangez, attachez-vous et essayez de dormir. Nous arrivons.

 Fin de la deuxième partie

A suivre…

5 réponses à La chute (La traversée dangereuse )

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