Interrogation

Il maugrée dans sa barbe un merde sonnant et tonitruant et tourne les talons. Mais c’est à ce moment-là que mon père fait son entrée par la même porte secrète dans le mur, la bibliothèque tourne sur elle-même et Wladimir lui dit :

-Enfin vous voilà, mais vous ne m’aviez pas dit que c’était votre fille que je devais garder. Croyez-vous que ce soit une bonne idée ?

Là ! Les bras m’en tombent, c’est lui que j’ai eu au téléphone  ce matin, comment cela se fait-il que je n’ai pas reconnu sa voix. Et je me demande ce que veut dire cet imbroglio ; d’un côté Pierre le suspecte et de l’autre mon père lui demande de me surveiller. Avec lui, la garde étroite va vite virer au cauchemar. Il va me faire du chantage et vouloir reprendre sa place de mari, mais il n’en sera pas question. Pendant que mes pensées vagabondent, mon père entre et me serre dans ses bras en me disant :

–          Ouf, tout va bien, il ne t’est rien arrivé de fâcheux !

–          Pourquoi il y a quelques choses que je devrais savoir ?

Wladimir et mon père ont leur figure des mauvais jours, je crains le pire. Mais pour l’instant je suis dans les bras de mon père et Wladimir a un petit sourire ironique et il daigne enfin m’embrasser, tout en me murmurant :

–           Cela faisait longtemps que nous n’avons pas été aussi proches.

–          Remercie mon père, je pense que c’est à lui que tu dois avoir le bonheur de me revoir.

–          Non, Edith, c’est toi qu’il doit remercier, si tu n’avais pas eu l’idée d’intégrer ce projet, je ne pense pas que Wladimir serait ici.

–          Papa, tu sais très bien en quel terme nous nous sommes séparés tous les deux.

–          Oui, mais Wladimir est le meilleur garde du corps tu peux en convenir. C’est son nouveau métier, il fait dans la garde rapprochée, cela lui va comme un gant.

Mais de suite mon père met fin à cette conversation qui n’a pas lieu d’être, vu les circonstances. Et rapidement il me met au courant et m’explique qu’il s’est passé de drôles de choses pendant que j’attendais mes deux autres gardes du corps. Alors que la voiture s’éloignait en compagnie de mes parents et de mon fils, le chauffeur avait reçu un appel téléphonique de Pierre, lui intimant l’ordre d’empêcher mes parents de communiquer avec moi, de façon à ce que je sois facile à manipuler pour la suite des évènements. Le chauffeur ne s’était pas montré assez discret et mon père avait compris la conversation, aussi avait-il fait appel à mon ex-mari et un de ses amis pour venir les récupérer à la fameuse villa bleu qui, pour le malheur de Pierre était un lieu que mon père avait déjà utilisé il y avait quelques années. Ensuite il avait été facile pour Wladimir et Sergueï de venir les récupérer, ils avaient tout d’abord mis ma mère et notre fils en lieux sûr, embarqué le chauffeur pour un interrogatoire et ils étaient là pour m’aider dans la suite des évènements. Il nous fallait être vigilant car les deux gardes du corps allaient sûrement faire leur apparition et quant au reste il me fallait attendre le lendemain pour voir l’annonce. En mon for intérieur je pensais, pour voir les deux annonces.

Dans ma chambre je me prend à faire le point sur les évènements qui viennent de se dérouler sous les yeux, mon ex-mari, certes est bien là mais il y a comme quelques choses d’étrange, c’est lui sans être lui. Il a toujours son sourire charmeur, ses dents blanches bien alignées, sa mèche rebelle, ses yeux bleus gris qui peuvent être froid ou câlin, mais je ne sais ce qui me dérange. Il me semble qu’il est sa doublure, sa copie conforme, car au moment où il s’est penché sur moi pour m’embrasser je n’ai ni reconnu sa manière de faire et surtout son après rasage  dont en 15 ans de vie commune il n’a jamais changé, n’est pas le même.

Je n’ai jamais rien su de sa famille, avait-il des frères ? Des sœurs, ses parents au moment de notre rencontre étaient décédés. Il y a bien eu ce Sergueï dont mon père a fait allusion tantôt, mais c’était un vague cousin. Je m’endors non sans mal car toutes ses questions me viennent à la tête et forcément mon sommeil s’en ressent. Quelques heures plus tard je me réveille, le jour pointe à peine son nez, mais je sens le café et le pain grillé. Une bonne douche et me voici sur pieds. Le journal est posé sur la table et dans la cuisine se trouve deux autres hommes en compagnie de mon père, je me glisse derrière le paravent qui sépare le bureau de la cuisine et j’écoute les conciliabules qui sont mené par le plus grand des deux hommes.

–          Vous savez Monsieur, je me demande ce que va en penser le boss

–          Que m’importe !

–          Mais j’ai une idée, rentrez chez vous je double votre salaire et nous communiquerons à l’aide de ce téléphone, vous rendrez compte à votre chef, mais faîtes vous tout petit. Je surveillerais bien mieux ma fille, seul qu’avec vous deux, de plus vis-à-vis des voisins, un père et sa fille cela passera mieux.

Devant les arguments de mon père, les deux hommes se rangent vite à ses côtés, je vais attendre leur départ pour faire mon apparition, mais c’est sans compter sur Wladimir qui brutalement me met une main sur la bouche et m’intime l’ordre de ne pas crier. Je sens sa chaleur contre mon corps ainsi que sa virilité qui caresse le bas de mon dos. Je suis désarmée face à lui, il sent mon désarroi et resserre son étreinte, je me sens fondre dans ses bras. Mon Dieu il faut que je me ressaisisse sinon il va tirer profit de la situation. Qu’ai-je appris à l’école de police lorsqu’un adversaire nous ceinture, aussi mes réflexes reviennent en automatisme et je lui assène un coup de coude dans l’œil avant de l’envoyer valsé au sol. Sous le choc il reste étourdi et se relève non sans me glisser un « on se retrouvera ». J’hausse les épaules et le laisse partir. Après avoir remis un semblant d’ordre dans ma tenue vestimentaire je me glisse dans la cuisine où mon père imperturbable lit le journal, mon journal. Mais je ne bronche pas et attends qu’il en ait terminé pour m’en saisir. Je vois un sourire se dessiner sur les lèvres de Wladimir, qui de plus en plus m’intrigue. Je suis désormais persuadée que ce n’est pas lui. Tout dans sa manière de faire peut le laisser croire, mais tout à l’heure quand il m’a serré contre lui un détail infime m’a frappé, mais il faudrait qu’il me prenne à nouveau dans ses bras, ce dont je n’ai pas envie pour m’en assurer.

Après quelques paroles banales avec mon père, il me tend le journal et attend que j’en prenne possession, il me signale n’avoir rien vu concernant l’échange que Pierre doit faire avec moi, je soupire et me saisis du journal et je vais m’installer sur la terrasse.

 

Je tourne les pages lentement car je me sens observer et je ne veux pas que mon père ou l’autre, je le nomme ainsi car je sais désormais que ce n’est pas lui, m’observent, ils aimeraient savoir si Pierre m’a signalé quelques choses dans le bon déroulement de notre affaire. Dans les petites annonces il n’y a rien de Pierre, par contre mon inconnu m’a écrit, et là je sens la panique m’envahir, je dois maîtriser ma peur et me concentrer sur la réponse à apporter à ce texte étrange.

Votre fossette au menton me manque, je n’ai qu’une envie c’est vous serrer dans mes bras, bientôt cela sera possible, je le pressens, même si vous en doutez encore. Votre cachette je vais la découvrir, ce n’est qu’une question de temps. Votre corps s’enflammera sous mes baisers j’en suis convaincu. Répondez-moi…Sinon….

 

En colère je réponds ceci :

Si vous me menacer je pense que nous n’avons rien à faire ensemble. Je sais que je suis fascinée par vos yeux mais j’ai encore la tête sur les épaules.

Et je conclue par :

Attends votre prochain courrier si vous êtes tant attirer par moi, vous devez modérer vos ardeurs.

Une vierge qui n’en n’est pas une.

 

Quelques choses me chagrinent je ne sais pas ce que c’est mais ce malaise va me suivre une partie de la journée. Je pense que les yeux de celui que mon père me présente comme mon ex-mari et ceux de l’inconnu du 7 h 12 me perturbent énormément.

Mais pourquoi ?

 

A suivre

 

Je  programme la suite, vu que mes vacances approchent et vous pourrez suivre les aventures d’Edith et son inconnu du 7 h 12.

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