Épilogue (Suite)

Profitant d’un mouvement de foule, les trois enfants se sont glissés dans la salle d’audience. L’avocat de son père a froncé les yeux en les voyant puis s’est approché d’eux en leur demandant de ne faire aucun bruit, juste écouté et laissé les adultes prendre position et juger en leur âme et conscience. Bien entendu qu’ils ne feront pas de vagues, ils ont réussis à rentrer maintenant, ils n’ont pas envie de se faire sortir. Jules attend l’entrée de son beau-père, il y a du brouhaha dans la salle, puis, soudain plus un bruit, la cour entre suivi par l’accusé, il est habillé comme un Monsieur chuchote Aubin. Tout le monde s’assoit, mais Jules se lève à nouveau, le voici face à son beau-père, celui-ci le voit, leur regard se croise, Jules a décidé de ne pas baisser ses yeux, il faut qu’il tienne jusqu’au bout, ne pas le lâcher; qu’il puisse lire ce qu’il pense de lui. Maurice Brun vaincu vient de baisser les yeux. Jules peut s’asseoir, la première partie est à son avantage, on verra pour la suite.

Maintenant pour Jules tout va se jouer là, il pourrait partir mais finalement tout le retient ici, sa vie s’est arrêtée il y a un an en découvrant l’horreur, lorsque l’on est venu lui annoncer la mort brutale de sa maman, puis plus tard quand dans le village les bruits ont courus que c’était son beau-père l’assassin. Il lui faut rester pour comprendre toute cette haine, après s’il peut, il tournera la page.

La matinée a été longue, son père est arrivé il a témoigné, lui aussi devra être lavé des soupçons qui ont pesé sur lui. Quand il a vu Jules et ses copains il a pleuré, pour lui c’est important que son fils soit auprès de lui. Après son interrogatoire et contre interrogatoire par l’avocat de la partie civile et celle de l’accusé, au lieu d’aller à côté de ses copains, il s’est glissé vers son fils, et il lui a pris la main et serrer très fort. Ensemble ils seraient encore plus forts. L’après-midi s’est étirée et rien n’est venu étayer où contrecarrer les idées des anciens maquisards, personne ne sait encore la raison de cette haine bien que des éclats de voix aient mis la puce à l’oreille de chacun des protagonistes, il n’y a rien qui semblent apporté un peu d’eau au moulin des uns et des autres. Après avoir déclamé qui il était Maurice Brun s’est muré dans le silence. Il ne veut plus rien dire, il a la tête baissée ; ce n’est plus l’euphorie du début, cela sent l’acquittement a dit ce matin Paulo en revenant ce qui a fait hurler Jules, il faut qu’il prenne les choses en main, mais que faire, le tribunal ronronne doucement, il fait chaud, l’avocat général s’essuie la figure, on apporte de l’eau, de nombreuses interruptions de séances ont lieu, cela sent mauvais se dit Jules. Que faire ?

A nouveau son regard croise celui de son beau-père, l’autre esquisse un sourire comme si il se payait la tête de tout le monde, alors Jules ne sait pas bien ce qui lui a pris, mais il se lève avance dans l’allée et se poste devant l’accusé et lui crache au visage. Un silence glacial suit son geste puis la foule présente se lève et applaudit l’enfant qui retourne à sa place. La salle est évacuée, l’accusé emmené, et dans l’antichambre du tribunal, Jules est vertement  sanctionné par l’avocat de son beau-père, mais Jules ne se démonte pas et dit je veux parler j’ai des choses à dire.

–       C’est trop tard,

–       Je préfère faire repousser l’audience que de me taire !

–       Je me demande bien ce que vous avez de si important à dire jeune homme, attention tout faux témoignage est punissable.

–       Ne vous inquiétez pas Maître c’est du lourd !

–       Ah ! Pourquoi avoir attendu si longtemps et ne m’avoir rien dit avant.

–       Je pensais que l’audience allait se passer autrement, puis j’ai vu que mon beau-père trompait tout le monde aussi je vais parler, j’ai des révélations à faire, mes amis pourront aussi témoigner ? Car je les ai mis dans la confidence.

–       Je ne pense pas que le Juge soit aussi magnanime, je pense qu’un seul aura le droit de parler, donc comme votre père et beau-père sont impliqués je pense qu’il acceptera que ce soit vous.

–       De toute façon il n’y a que moi qui sois au courant.

–       Alors n’en parlons plus, je vais avertir le juge, j’espère que par égard à votre jeune âge il acceptera et ne vous réprimandera pas pour ce que vous venez de faire.

–       Maître je m’excuse mais il a tout fait pour me pousser à l’esclandre.

–       Désormais il vous faudra être calme car je pense qu’il recommencera à la prochaine occasion, ne tomber pas dans ses filets, sinon votre témoignage ne vaudra rien.

–       Cela m’étonnerait.

L’audience n’a pas recommencée, ils ont dû revenir le lendemain, mais comme un enfant témoignait et pour éviter tout nouveau esclandre il y avait un peloton de gendarmes qui entouraient le tribunal, jusque dans la salle il y en avait. On aurait dit une forteresse comme disait Paulo à son copain Aubin en rentrant avec les autres villageois. Mais à l’entrée il fallait montrer patte blanche et  pour les deux enfants cela n’allaient pas se dérouler comme prévu.

– Vos papiers!

–       Lesquels ?

Un fou rire prend la file des anciens du Réseau à frérot, les gamins ne manquent pas d’aplomb, cela leur rappelle leur jeunesse. Mais le chef de la brigade voit cela d’un mauvais œil et les repousse vers la sortie. Que va faire Jules qui est le dernier de la file ? S’il ne peut pas rentrer tout va aller à la dérive.

–       Bonjour jeune homme, avez-vous vos papiers ?

–       J’ai mieux que ma carte d’identité, j’ai mon témoignage au fond de ma tête et je dois témoigner à l’audience, mais il faut que mes deux copains puissent rentrer.

–       Qui ?

–       Mes deux amis que vous venez de raccompagner vers la sortie.

Il y a un moment de flottement, le brigadier ne veut pas perdre la face, vis-à-vis des enfants, ils ne feront pas la loi, tous les trois resteront à l’extérieur vu qu’ils n’ont pas de papiers. Mais petit à petit la foule gronde et le brigadier se sent dépasser.

–       Bon allez circuler mais j’espère que vous saurez bien vous tenir et que je n’aurais pas à le regretter.

–       Ne vous inquiétez pas, Monsieur le Brigadier, ce soir vous serez heureux de nous avoir fait entrer.

Les voilà dans la salle, tout le monde les regarde et ils applaudissent à tout rompre, Jules et ses copains ne sont pas peu fiers, ils ont fait obstacle à la force publique, c’est bon signe tout devrait se dérouler normalement. A nouveau le silence se fait, la cour entre, puis l’accusé, et tout le monde est invité à s’asseoir. Puis le Juge annonce un retournement de situation, Jules est appelé à la barre.

–       Veuillez décliner votre identité et jurez que vous allez nous dire que la vérité, je fais une entorse aux règlements, mais je pense que si vous avez autant insisté auprès de votre avocat c’est que vos révélations vont nous permettre de faire un bond en avant.

–       Oui Monsieur le Juge, j’ai découvert des papiers qui mettent en cause directement Monsieur Maurice Brun, celui qui était le mari de ma mère.

–       Les Avez-vous sur vous,

–       Je les ai donné à mon avocat, je pense qu’il vous les montrera, moi je ne sais pas comment fonctionne un tribunal.

Un rire dans la salle a le don d’agacer terriblement le Juge, mais il fait comme s’il n’avait rien entendu, si cela recommence il fera évacuer la salle.

 

 A suivre

Commentaires

  1. Bon sang, j’étais en retard ces jours ci. C’est dingue mais il faut sans cesse courir. Enfin, ca y est je viens de tout lire et j’attend la suite.
    Bisous ma belle

  2. comment suite ????? je croyais que cela allait être la fin !!! en tout cas bel écrit même si ce n’est pas beau ce qui se passe…
    je reviens lire la fin …. je l’espère
    je t’embrasse EvaJoe bonne fin de journée
    joelle

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