Diagnostic ( La traversée dangereuse )

Le père de Mario est inquiet il n’a aucune nouvelle de son fils, cependant ce matin il vient de recevoir un étrange appel. Un homme lui a dit que son fils était en danger quelques parts entre Jura et Alpes. Depuis il hésite, doit-il en informer les siens ou se rendre dans le commissariat le plus proche, finalement la raison l’emporte et il y va.

Après avoir signalé recevoir de drôles d’appels téléphoniques dont le dernier pas plus tard que ce matin, il est à la fois soulagé mais aussi inquiet d’apprendre que son fils gît sur un éperon rocheux au-dessus du vide, qu’il ne doit son salut qu’à son téléphone, hélas depuis 5 h du matin ce dernier n’émet plus ; cependant les secouristes ont compris à quel endroit ils se trouvaient exactement grâce au témoignage précis de deux femmes qui avaient croisé sa route dans les jours précédents. Son fils avait pu communiquer avec elles il y avait à peine deux jours.

Lorsque Tino repart chez lui il est angoissé, il ne doit en aucun cas communiquer sa peur à sa femme, il faut qu’il tienne bon, il va se confier à sa fille, elle saura le soutenir.

Pendant ce temps Mario a passé une sale nuit, lorsqu’il avait été en communication avec les pompiers, ceux-ci lui avaient dit qu’ils pensaient l’hélitreuillé, hélas malgré trois tentatives cela avait été impossible, cela faisait courir trop de risques à tout le monde, aussi en désespoir de cause, Mario l’avait entendu repartir dans la vallée, et, à nouveau il était seul.

Chaque heure qui passait lui montrait sa lâcheté, si je souffre tant c’est que je n’ai rien fait pour tous ceux qui ont croisé ma route, toutefois je ne suis pas si méchant que je le ressens en ce moment, c’est juste parce que je suis isolé, perdu et que j’ai un mal de chien, j’ai dû me briser la cheville, j’ai réussi à ôter ma chaussure, pour la remettre cela a été impossible mon pieds est violet tirant sur le noir et il brille, au vu de son état j’ai renoncé à me passer de la pommade, j’ai juste pris une bande pour me maintenir la cheville, mes tremblements s’étant arrêté. Je ne puis me réduire la fracture, puis un mauvais geste et c’est la descente infernale, en plus je n’y connais pas grands choses, à part les premiers gestes je me vois mal m’auto soigner. Même la bande s’est révélée désastreuse, j’ai dû l’ôter, et là impossible de m’enfiler une chaussette. Après une heure d’effort j’ai réussi à me glisser dans mon duvet, en haut j’ai enfilé tous les pulls que mon sac contenait, j’ai pris mon léger blouson et mis mon poncho, je ne pensais pas qu’il neigerait et je n’ai pas fermé l’œil de la nuit. Sur la plateforme étroite j’ai tellement peur de glisser vers le vide que je me suis accroché d’un côté au rocher si je tombe je resterais suspendu mais au moins je ne m’écraserais pas en bas, par contre je pourrais dire adieu à mon duvet, il est assez chaud puisque j’ai réussis à me réchauffer. Hélas rapidement mon pieds m’a rappelé à l’ordre et depuis je déguste, je n’ose pas entrouvrir mon sac pour vérifier dans quel état je suis. Tous mes gestes me coûtent des efforts, mon téléphone est muet, j’ai réussis à me séparer de mon pistolet, je l’ai glissé dans l’anfractuosité de la roche au-dessus de ma tête. Il est préférable d’être prudent, je ne suis pas à l’abri des fous qui voulaient ma peau et de ce « Commandant » dont le nom m’échappe. Au cours de ma vie je me suis fait plus d’ennemis que d’amis, j’en suis là de mes réflexions lorsqu’à nouveau j’entends l’hélicoptère, enfin c’est à la fois mon salut et autres choses que je ne distingue pas encore mais qui me fait assez peur. La neige m’a protégée du froid vif que je ressens brusquement, l’hélicoptère arrive face à moi et je comprends plus que je l’entends que deux d’entre eux vont descendre et me prodiguer les premiers soins.  Je me demande comment nous allons tenir à trois sur une petite plateforme qui fait à peine un mètre carré.

Le premier homme qui me rejoint est le médecin, il ne se préoccupe pas de la qualité de mon duvet, il taille une large ouverture et examine ma cheville, il n’a pas la peine de la toucher son verdict rejoint le mien fracture. Rapidement il m’explique ce qui va se passer, on va envoyer la civière mais auparavant il faudra que je me soulève délicatement sans bouger mon pied et ils me mettront dans leur sarcophage qui va se gonfler pour que je ne sente aucun des chocs qui risquent de se passer, il me fait une injection de morphine, je me sens rapidement planer. Pendant que le deuxième pompier reste suspendu à l’échelle l’autre récupère le brancard. En les entendant parler je m’aperçois qu’ils sont Suisse, ce n’est pas le peloton de gendarmerie de Haute Montagne. Je ne leur demande pas la raison, je suppose qu’ils sont venus car les autres ne pouvaient pas. Voilà je suis sanglé, attaché et ils vont me remonter en premier. Ils attachent le treuil et je remonte lentement, je vois les alentours, tout est blanc, il a pas mal neigé cette nuit. De toute façon ma randonnée est terminée, je repars vers le monde civilisé et certainement les ennuis.

J’espère que leur foutu câble va tenir, je dois leur faire confiance. En Suisse tout est carré, je n’ai pas trop de soucis à me faire. Enfin voici la cabine, le médecin est remonté plus vite que moi ainsi que l’autre gars, ils me réceptionnent, je ressens une douleur qui me fait grimacer. Ils se mettent rapidement en communication avec l’hôpital de Délémont dans le Jura Suisse et me demande si cela me dérange, je m’en fiche, par contre cela me donnera du temps pour éviter la confrontation avec des policiers français ce dont je me garde bien de leur dire. Mais au moment où je pense m’en être bien tiré, j’entends un appel des autorités françaises.

  • Autorité Française à Autorité Suisse avez-vous récupéré le blessé ?
  • Oui, nous nous dirigeons vers le centre de traumatologie de Délémont.
  • Non, ce ne sera pas possible, cet homme est recherché en France, veuillez le conduire sur la piste d’atterrissage des hélicoptères de l’hôpital français le plus proche.
  • Vous ne pouvez plus rien contre nous, nous venons de passer la frontière ; nous ne manquerons pas de vous communiquer les heures de visite, il a besoin d’avoir sa fracture de réduite le plus rapidement possible, il ne pourra pas se sauver car il en a pour de nombreux mois sans pouvoir poser le pied au sol.

Je suis abasourdi en entendant leurs mots, de longs mois sans mettre le pied par terre. Me voilà fait comme un rat. La Suisse sera une plus jolie prison que la France mais cela ne me rassure pas. Le médecin se tourne vers moi et m’annonce sans prendre aucun gant :

  • Je vais vous mettre sous morphine en goutte à goutte, j’ai bien envie d’augmenter la dose pour voir si vous allez délirer et me raconter tous vos crimes.

J’en reste la bouche ouverte, aucun son n’en sort, franchement cela leur semble fort drôle car le pilote et les deux autres se marrent, puis à nouveau les voici professionnels. Ils installent le goutte à goutte et le médecin me dit :

  • Je ne veux rien savoir, ni ce que vous avez fait, ni qui vous êtes, je m’en tiendrais à votre prénom Mario, un homme accidenté sur le GR 5. Bien entendu que vous allez être obligé de fournir votre identité aux autorités Suisses, mais pour l’instant vous êtes mon premier blessé de la matinée et coupable ou innocent je m’occupe de vous comme le feraient mes confrères en France.
  • Merci
  • Ne me remerciez pas, je suis un professionnel et je fais mon métier celui de sauver tous ceux qui en ont besoin. Je vous souhaite un bon séjour en Suisse.

Ces yeux sont goguenards et ils démentent ces paroles, il ne faut pas que je me laisse attendrir je suis en danger que ce soit en Suisse ou ailleurs.

Dès que l’hélicoptère s’est posé la porte s’ouvre rapidement on m’extrait et c’est une course effrénée dans les couloirs de l’hôpital. Le diagnostic est franchement mauvais j’entends comme dans un étau qui me serre la tête les mots implacables du chirurgien orthopédique :

  • Et bien vous m’expliquerez plus tard comment vous vous êtes fait cela, vous avez un déplacement du calcanéum et de l’astragale, cette dernière est fracturée ainsi que votre tibia. Je vais rapidement vous opérer et nous verrons ensuite quels traitements j’adapterais à votre cas.
  • Docteur ? Je pourrais remarcher dans combien de temps ?
  • Pensez d’abord à vous soigner avant d’espérer repartir sur le GR 5, vous allez devoir être patient. Nous n’en sommes pas encore là. 

Lorsque des heures plus tard je reviens dans le monde des vivants j’entraperçois du bleu, je serai donc au ciel, je n’ai pas le temps de le savoir que j’entends une question qui me glace d’effroi :

  • Monsieur Mario Crespin je suis l’inspecteur Bertrand et voici mon adjoint qui va prendre votre déposition, j’ai une seule question à vous poser ? Avez-vous tué Maud Crespin, votre femme.

Je ne comprends rien à leur question, Maud serai morte, j’ai l’esprit embrumé, je sens la douleur qui revient en force, pourtant je sens que je suis immobilisé, je vais délirer, gagner du temps, oui voilà je vais gagner du temps. J’ouvre et papillote des yeux, puis les referme et me laisse aller dans l’ouate qui m’entoure, j’entends au loin plus que je ne le comprends l’intervention d’une personne, il me semble que c’est le chirurgien qui m’a opéré :

  • Messieurs j’ai accédé à votre demande, mais Mr Crespin vient juste de revenir de la salle de réveil, il est sous morphine il ne peut pas être en capacité de vous répondre. Je vous laisse le droit de l’interroger mais pas avant demain matin. Je reste à votre disposition et avec l’autorisation de la police Suisse, nous laisserons devant sa porte un homme en faction, mais comme je vous l’ai dit il ne peut pas se sauver.

A suivre…

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