Des éclats de voix (La traversée dangereuse )

Vous ne vous étonnerez pas si vous vous apercevez que j’alterne entre la troisième personne et la première, je ne sais si on a le droit, mais je l’ai pris…

 

 Le hurlement qu’il pousse va alerter tous ceux qui sont en montagne, mais personne ne va me rejoindre cette nuit, du reste je me demande où le mort et moi nous aurions pu dormir car il y avait juste la place pour une seule personne. La nuit se poursuit sans encombre, je dors comme un bébé, mais le lendemain la surprise est immense, lorsque je mets le nez dehors il y a un  peloton de gendarmes.

  • Bonjour, vous avez passé la nuit dans la petite cabane ?
  • Oui, et que puis-je pour vous Messieurs ?
  • Rien, mais maintenant que vous nous posez la question, j’aimerais savoir à quelle heure êtes-vous arrivé hier au soir ?
  • Je ne sais pas, vers les 20 h, il faisait presque nuit, j’ai eu du mal à trouver l’endroit qu’un promeneur m’avait indiqué.
  • Ah vous avez croisé un randonneur, il était seul ?
  • Oui, et…
  • Et ?
  • Je lui ai trouvé une sale tête, mais ces explications étaient parfaites je n’ai pas eu le moindre mal à trouver le refuge, refuge pour lilliputien.
  • Oui, vous avez raison, ce n’est pas à proprement parlé un refuge, c’est juste pour dépanner. Bon nous allons voir si nous retrouvons votre indicateur.
  • Il y a un souci, ce Monsieur a disparu ?
  • Non, mais en contrebas de la cabane, nous avons trouvé un homme qui a fait une sale chute, compte tenu que le corps est plutôt disloqué et vu que vous nous avez pas entendu frapper plusieurs fois à la porte, nous pensons soit que vous étiez profondément endormis et vous n’avez rien entendu, soit cela s’est passé avant votre arrivée.
  • Pauvre homme !

Une fois les gendarmes partis, Mario se caresse le menton où sa barbe naissante pointe légèrement, il prépare son petit déjeuner, s’étire et récupère ses chaussures qu’il avait laissé près de l’entrée, et il part en direction du Jura. En chemin il se félicite d’avoir mentis au gendarme, il aurait pu avoir des ennuis et cela ne l’intéresse nullement. Le voilà repartis sur les crêtes en direction du Ballon d’Alsace, je fais pression sur mes bâtons pour pouvoir monter et là je découvre devant moi le Lac des Perches, la vue est magnifique mais bientôt elle s’efface car le brouillard monte de la vallée. Le sentier devient plus abrupt et là surgissant de nulle part je vois un chamois qui disparaît vers le sommet. Celui-là a bien su me narguer et je n’ai même pas eu le temps de prendre mon appareil photo. Dès mon arrivée je vois un bar ouvert, heureusement car il fait un vent glacial et ce café chaud me réchauffe. La femme qui me sert n’est pas très bavarde, au moment où je vais pour sortir elle me demande si hier j’ai croisé un jeune homme, cela semble être son fils, mais je lui dis que j’ai croisé qu’un homme d’une quarantaine d’années à la mine patibulaire.  J’ajoute :

  • mais quel âge a votre enfant ? Pour se promener sur les sentiers il doit être adolescent.
  • Il a 17 ans et il connait la montagne comme sa poche, mais hier il n’est pas rentré.
  • Si je le croise je lui dirais que vous l’attendez, moi je me dirige vers le fort du Salbert.
  • C’est le lieu où il joue avec ses amis, vous avez des chances de le croiser.
  • Mais il n’a pas un portable ?
  • Non, il a perdu le sien, et il ne me répondait jamais.
  • Ah ces jeunes ;

Je ne m‘attarde pas, car le vent est de plus en plus fort et j’aimerais que pour midi je sois vers les étangs, si le temps le permet je ferais quelques photos, ensuite ce sera la montée vers le fort, là j’admirerais la vue et j’entamerais ma descente pour dormir dans les bois. Je serais à l’abri du vent qui se déchaîne, météo France n’avait rien annoncé, encore une erreur des météorologues. Tous des bons à rien !  Mais rien ne va se passer comme je l’espérais. Je vais devenir une proie pour les amis de l’homme qui a chuté hier au soir. Mais pour l’instant je sifflote, fort heureux de ma randonnée. 

Je bois à même la source lorsque j’entends des éclats de voix, je tends l’oreille et ce que j’arrive à comprendre e fait froid dans le dos. Ce sont deux jeunes gens, un gars et une fille, la fille semble ne pas être d’accord, mais l’autre l’a convainc de le suivre, et, surtout de faire monter leurs copains qui font une battue pour trouver le dingue qui a tué leur père.

Une battue, je ne suis ni un chevreuil, ni un faon, voire même un sanglier. Ces jeunes gens sont aveuglés par la douleur, mais de là, à être en rage contre moi, et encore me dis-je ils ignorent totalement que c’est moi. Il me faut à ce moment précis prendre une grande décision, je dois redescendre la montagne et leur laisser croire que je fais le tour du GR en venant de Montbéliard. Oui voilà c’est la meilleure idée, je repartirais dans quelques semaines quand toute cette histoire sera terminée, je ne tergiverse pas longtemps, je fais demi-tour et part dans leur direction, il va falloir que je joue serré et surtout qu’aucun muscle de mon visage ne bouge, signe chez moi d’une grande fragilité depuis les événements que j’ai vécu il y a quelques années. Mais il ne faut pas que je m’en souvienne, je me suis fait une autre identité, je ne peux reprendre l’ancienne cela mettrait en jeu toute ma vie. Et puis quelle idée j’ai eu de partir sur les chemins en plus pour cette femme que j’aimais et qui m’a laissé comme  un vulgaire crétin, j’aurais dû me battre, rester, et non être là entre e marteau et l‘enclume à jouer ma vie pour ne pas avoir eu le courage d’affronter le regard de mes amis et parents. Je ne suis pas un assassin, j’ai essayé de le sauver ce type, mais sa main à lâcher et moi je n’ai pas pu le récupérer, j’espère qu’une chose c’est qu’il est mort sur le coup, si par malheur il était vivant je pourrais passer pour un type qui ne s’est pas préoccupé de son prochain. Merde c’est bien ma veine, moi qui depuis cinq ans ait fait profil bas, pas un bruit, j’ai tissé ma toile, monté une affaire, il a fallu mon coup de sang pour reprendre mes habitudes de voyou.

 

A suivre

Commentaires

  1. Oups, dans quoi il s’est fourré ! et la mort de ce pauvre type ne l’a pas empêché de dormir. Serait-il égoïste et/ou insensible ?
    Bisous et belle soirée.

  2. Un voyou ? Ah non EvaJoe là, tu exagères. Tu nous le donnes comme un brave type, au départ, ensuite, c’est vrai que je me posais des questions sur son comportement mais tu trouvais toujours la pièce pour boucher le trou !
    Maintenant, il va être temps que tu nous expliques un peu le pourquoi du comment ! Non mais !
    Bisous

  3. Bonjour Evajoe,

    Fichtre! Quel retard dans mes lectures!
    j’ai dû relire le précédent pour m’y retrouver.
    bon, ce randonneur a l’air de s’être mis dans un beau guêpier. je me demande comment il va s’en sortir
    gros bisous

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