Des doutes – suite (La traversée dangereuse)

C’est une belle assemblée qui nous accueille dans la grande salle du gîte. La maîtresse de maison nous salue et nous fait prendre place au milieu de gens plus hétéroclites les uns que les autres, cela me va car nous allons nous fondre dans ce milieu. Chacun raconte son périple, sa randonnée, ses petits bobos, arrive notre tour,

Maud dit rien au début puis au fil de la conversation elle se laisse aller à converser jusqu’au moment où l’un d’entre ceux qui se trouvent à la table du fond dit :

  • Avez-vous vu le portrait-robot de cet homme qui est soupçonné de ne pas avoir aidé ce professeur qui accompagnait ses élèves ?

C’est tout d’abord un brouhaha qui rapidement s’éteint lorsque tous les regards se tournent vers ma compagne et moi. Je chipote ma mie de pain et ne lève pas les yeux, comme si j’étais sourd à leurs questions et c’est Maud qui va s’y coller à leur répondre.

  • Nous, nous commençons notre randonnée et nous arrivons de Suisse, nous étions dans le Jura Suisse, nous avons remarqués les manchettes de journaux en arrivant en France, car un promeneur avait abandonné dans une poubelle son journal, nous n’avons même pas lu le canard, que s’est-il donc passé ?

A nouveau tout le monde parle à la fois, je ne bronche pas et ne dit toujours aucun mot, Maud va réussir un tour de force en disant que je suis muet, ce qui va rapidement détourné la conversation, mais je sens qu’un homme celui qui me fait face à des doutes me concernant, il va plusieurs fois de suite me parler mais je ne lui réponds pas, j’acquiesce de temps en temps ou je fais le sourd. C’est à ce moment-là qu’il prend à témoin la jeune femme assise à ses côtés et lui dit :

  • Vous ne trouvez pas que ce Monsieur a un petit quelques choses de ressemblant avec le portrait-robot diffusé sur TF 1 ce matin.
  • Désolée je n’ai pas ouvert la télévision car c’est la première fois que je m’arrête dans un gîte, j’avais du linge à laver, la télé je la bannie pendant le temps que je randonne.

Il me regarde au travers de ses yeux chafouins comme si il me jaugeait voire me jugeait et commence le langage des signes, c’est à nouveau Maud qui me défend, elle lui dit :

  • Mon ami n’a pas besoin du langage des signes car il devrait à nouveau parler quand le choc émotionnel qui l’a subi suite à son accident en montagne sera passé, c’est pour cela que nous allons rejoindre les Alpes pour qu’il se retrouve dans la même situation le médecin pense qu’à la vue des montagnes qu’il aime il retrouvera la parole.

L’homme se confond en excuses, je le laisse se dépatouiller dans ses regrets et ne fais cas de rien, nous nous levons pour regagner notre chambre mais je sens que plusieurs regards nous suivent. Etrange la sensation que je tire de cet instant qui aurait pu être convivial si le sujet n’avait pas été l’accident de ce professeur.

Dans la chambre je remercie Maud de m’avoir tiré de ce mauvais pas, nous nous endormons comme des bébés et rien ne vient interrompre notre nuit au calme. Le lendemain nous nous levons une fois que la troupe principale a déjà mis les voiles, ne voulant pas nous retrouver avec l’individu qui se posait des questions sur ma ressemblance avec le portrait-robot, si cela n’avait pas pris autant d’importance c’était encore grâce à Maud. Est-ce que par hasard elle ne voulait pas que je lui en sois reconnaissant à tout jamais et que je la redemande en mariage, pour l’instant nous n’en sommes pas là, je ne pense pas à ce que je ferais après, je vis au jour le jour et je fais bien car la suite allait être plus que mouvementée. Nos hôtes nous souhaitent une bonne suite pour notre randonnée et nous poursuivons notre périple sur Courtefontaine, mais rapidement je sens comme une présence insolite, comme si on nous suivait tout en maintenant la distance, cela me semble surréaliste mais je suis expert en la matière, J’ai appris au bataillon de chasseurs alpins l’art et la manière de débusquer l’ennemi, mon oreille sait entendre ce que le commun des mortels est loin de s’imaginer. Je suis certain qu’un individu est derrière nous et se dissimule mais pas suffisamment puisque j’ai tous mes sens en alerte. Il faut que nous nous arrêtions pour cela il faut que je donne une bonne raison à Maud pour qu’elle accepte de se poser quelques instants. Voilà une pierre qui nous tend les bras, je lui fais remarquer que cela ressemble à s’y méprendre à un fauteuil, elle est ravis de s’asseoir pendant que je lui fais comprendre que je me rends dans un endroit retiré pour satisfaire à un besoin naturel, de cette manière elle ne me suivra pas. Je sors tout d’abord mon arme et sans faire craquer aucune branche je m’enfonce dans la forêt. Je n’ai pas fait plus de dix pas que je vois tapis derrière un rocher l’homme qui posait trop de questions. J’enfile mon passe montagne dernier vestige du temps où j’étais dans les commandos et je me dirige vers l’individu. Je ne suis plus dans le Jura je suis en Afghanistan, lui est l’ennemi et silencieusement je dois le tuer. Mon arme n’a pas de silencieux, je devrais prendre mon couteau, c’est à ce moment-là que j’entends des rires et des bruits de voix sur le chemin sur lequel nous étions Maud et moi il n’y a pas si longtemps, l’homme se baisse et vient vers moi, tout me revient à la pensée, je ne suis pas sur zone je suis en train de marcher en France. Si je dois faire quelques choses à ce type c’est juste l’assommer pour que j’aie de l’avance sur lui. Je le laisse s’approcher et dès qu’il n’est plus qu’à une encablure de moi, je me lève et lui assène sur le haut de la tête un violent coup avec l’arme de fortune trouvée à même le sol, un solide gourdin. L’homme s’affaisse au sol sans un cri. Je passe ma main au niveau de son cou il est vivant, je l’ai bien assommé. Il y a un filet de sang qui s’écoule de sa joue, cela n’a rien à voir avec le coup que je viens de lui porter, c’est juste les branches qui l’ont éraflé. Je rejoins rapidement le lieu où il planquait et je trouve un sac à dos noir, je l’ouvre en fait l’inventaire et trouve sa pièce d’identité. Merde, j’étouffe ce juron c’est un douanier, il doit être en vacance. Possible qu’il n’en n’avait pas après moi, aussi je fais demi-tour pour lui apporter son sac et le laisser à ses pieds, et je m’aperçois que c’est bien l’homme qui hier au soir posait trop de questions. Il était donc à ma poursuite. Je me garde bien de lui mettre une balle dans la tête et rejoint rapidement Maud qui ne s’ennuie pas, tant elle est occupée à faire les yeux doux à un joli garçon, dès qu’elle me voit elle met fin à la discussion et se colle littéralement à moi comme une sangsue ce qui met mal à l’aise le jeune homme à qui elle devait conter fleurette, il tourne les talons et s’en va après avoir remis son sac à dos qui était à ses pieds.  Pendant quelques kilomètres je ne dis pas un mot c’est seulement aux abords du village que j’apostrophe Maud en lui demandant à quels jeux elle joue ? Dans un premier temps elle semble désarçonnée puis elle reprend des couleurs et joue à la naïve comme elle m’avait si bien habituée avant notre séparation.

 

  • Arrête ! Maintenant c’est terminé cette manière doucereuse de me la jouer, tu mets cartes sur table sinon je te laisse sur place et continue sans toi, par contre je n’alimenterais plus ton compte bancaire, tu iras faire la souillon vu qu’il n’y a que ça qui te colle à la peau.
  • Mario, mais je n’ai rien fait avec ce jeune homme, on parlait de fatigue et il allait me proposer un pansement révolutionnaire lorsque tu as débouché des bois. En plus c’est plutôt à moi de me poser des questions car tu es partis à gauche et tu ne m’as pas dit avoir croisé des randonneurs et pourtant tu es revenu par la droite, tu as bien dû traverser le chemin.
  • Je l’ai traversé en effet et les randonneurs arrivaient, pourquoi il fallait que je leur dise bonjour, si je les avais croisé je l’aurais fait mais ce n’était pas le cas, je suis passé avant qu’ils arrivent, je les ai juste entendu parler et chanter. Ce jeune homme vu par où il est reparti n’était pas avec eux. Je te connais par cœur, tu essayes de noyer le poisson comme à ton habitude. Il a eu le temps de te dire son prénom ?
  • Non, il m’a juste dit qu’il s’était arrêté pour faire une photo et qu’il traquait un somme solitaire, un loup, et qu’il était douanier. Il était en vacance et devait rejoindre un collègue qui devait être pas très loin d’ici. Il a ajouté il a passé la nuit à la ferme des…
  • Oui je vois, il t’a dit qui était l’autre douanier ?
  • Non ? Pourquoi l’aurait-il fait ? Cela ne m’intéressait pas. Et, toi qu’as-tu fait pour être resté si longtemps, je pense que tu fuyais les randonneurs ayant peur qu’il te reconnaisse.
  • A ton avis ? Tu m’as dit m’avoir reconnu, d’autres peuvent aussi penser que je suis un assassin, ce n’est pas le cas. Je m’étonne que tu sois venu avec moi, tu n’as pas peur, je pense plus qui tu espères faire main basse sur ma fortune, tu rêves, n’oublie pas que tu as signé les papiers du divorce.
  • Mario je t’aime, je te l’ai prouvé ces jours-ci.
  • Nous étions en manque je ne pense pas que ce soit une preuve d’amour que de te jeter sur moi, tu n’aurais pas eu une petite idée dans la tête.
  • Tu es méchant Mario, tu n’étais pas comme ça avant notre séparation. Si je t’ai fait de la peine je te demande pardon.
  • N’en parlons plus, je me suis énervé, mais avoue que c’était une situation ambiguë que de te voir faire les yeux doux avec ce type.
  • Si tu réagis ainsi, Mario c’est que tu m’aimes.

A suivre…

Commentaires

  1. Encore un problème. Pourquoi n’avoir pas continué la route sans s’occuper du suiveur? L’autre n’est pas bête. Lorsqu’il va reprendre ses sens, il va tout de suite comprendre qui l’a assommé. Les affaires de Mario se compliquent…
    G. bisous!!!!

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