Dans les Vosges ( La traversée dangereuse)

Au moment où machinalement il abaisse ses jumelles il voit un éclair aveuglant.  Il hésite puis fixe à nouveau son regard vers le chêne qui se trouve en contre-bas du GR. Là, assise à califourchon se trouve une enfant, à moins qu’elle soit plus âgée,  mais il en est certain c’est une toute jeune fille,  qui regarde dans sa direction avec des jumelles. Il se demande si elle l’a vu, car ce qui se passe ensuite va virer au cauchemar, il voit un corps qui s’écrase  inexorablement sur le sol.

Il n’en croit pas ses yeux,  il est certain qu’il n’y est pour rien, c’est impossible qu’à cette distance il est pu causer la moindre défaillance, cette gamine a dû regarder ailleurs et non dans sa direction. Il a beau scruter le sol il ne voit pas grands choses un tas d’arbres lui gêne la vue. Que faire ? Il ne peut pas redescendre en ligne directe car c’est un amas de rochers tous plus ou moins pointus, un éboulis qui ne lui dit rien que vaille. Après tout personne ne peut savoir qu’il a pointé ses lunettes dans cette direction, aussi sans se soucier de cet incident, il continue son chemin. Il n’a pas fait six pas qu’il s’arrête, il ne peut continuer son chemin sans au moins avertir les secours, il pense être à la limite du chemin d’Alsace et de ceux du Jura, ici pas de panneaux indiquant le nom du département, c’est un chemin qui s’enfonce dans la forêt. Tout en râlant sur le sort qui s’acharne sur lui il parvient à récupérer son téléphone et fait le 15 pour appeler les secours, mais hélas ici rien ne passe. Aussi ne sachant que faire et ne pouvant pas rejoindre  le lieu où sous ses yeux s’est déroulé ce drame, il continue son chemin. Puis la journée se passe sans incident notoire, il a juste croisé un randonneur comme lui, mais celui-là redescendait. Aussi profitant de cette rencontre il lui demande ce qu’il ignore, ayant fait la première partie du chemin comme un somnambule ou un boxeur qui est resté dans le cirage et qui en sort après avoir été sonné par son adversaire, il ne sait plus où il est.

  • J’ai dû me perdre. C’est du n’importe quoi, en fait il ne sait quoi lui dire.

Il me répond assez goguenard :

  • J’espère que vous savez que vous faîtes le GR 5 ;
  • Bien entendu,
  • Alors vous allez pouvoir attaquer le Grand Ballon, à votre place vous devriez vous arrêtez car là-haut il tombe une pluie glaciale.
  • A cette époque ?
  • Cela arrive parfois, vous venez de quel coin ?
  • De Ribeauvillé
  • Vous connaissez bien le temps de l’été sur les crêtes, là c’est simplement plus haut. Enfin je vous dis cela car vous me semblez complétement perdu et si vous n’avez pas l’habitude de marcher.
  • Ne vous inquiétez pas pour moi, la randonnée cela me connait, c’est juste que je pensais avoir franchis la frontière.
  • Ah mais nous ne sommes pas en Suisse, vous voulez aller dans le Jura Suisse.

Agacé au plus haut point il laisse cet homme qui commence sérieusement à lui prendre la tête et l monte allègrement le sentier qui mène à cette vue magnifique sur le Grand Ballon, il ne l’aurait pas raté, mais il pensait passer plus sur le bas. Il faut dire qu’il s’est  lancé dans cette aventure sur un coup de tête, demain matin il observerait plus attentivement son topo guide pour ne pas avoir l’air bête qu’il vient de montrer à ce randonneur, au demeurant un tantinet pédant. Enfin le voici au sommet, du Grand Ballon des Vosges qui culmine à 1424 m, c’est là qu’ il aperçoit la station radar qui ressemble à la proue d’un navire, il y a aussi un monument qui commémore le sacrifice des bataillons de chasseurs durant la guerre de 14-18. Il admire la vue qui s’offre à lui, puis amorce la descente, c’est d’abord sur les pistes de ski, la pluie commence à s’arrêter, et lorsque il atteint le sous-bois il ne pleut plus et le soleil revient. Il essaye de trouver un lieu pour dormir, rien n’est plat, tout est bosselé, comme il regrette les pentes herbeuses des Crêtes. Thann la prochaine ville où il doit se ravitailler est encore loin, enfin voici un endroit pas trop dur, il s’installe et dès qu’il est couché, il revoit cette gamine faire une chute terrible. Si elle est morte il vais s’en vouloir mais comment peut-il le savoir ? Il ne pouvait pas retourner en arrière, surtout que le chemin sur lequel cette jeune fille se trouvait il ne l’a pas sur son guide. Au vu du nombre de personnes qui se baladent sur le bas des sentiers, il espère qu’elle sera retrouvé, et puis qui lui dit qu’une femme soit tombée de ce chêne ; allez n’y pensons plus songe-t-il ?

Au petit matin c’est le brouillard qui l’accueille, un réveil humide qui l’agace. Pour son petit déjeuner il a un fond d’eau  et un sachet de café soluble, il fait chauffer l’eau sur son petit réchaud, il trouve aussi quelques biscuits mous et une barre de céréales. Encore 15 kilomètres et il sera  à Thann et là il va bien se ravitailler. Ce n’est que de la descente et il regrette de ne pas avoir pris ses bâtons. Il s’en achètera,  Thann n’est pas une ville perdue.

La première chose qu’il aperçoit ce sont les manchettes des journaux, on dirait que toute la ville ne parle que de ça. Ils ont retrouvé la gamine, en fait elle a tout juste 17 ans, elle jouait avec ses amies et elle a perdu l’équilibre, ses amies ont donné l’alerte. Finalement les grands titres lui ont donné envie d’en savoir davantage et il a acheté ce maudit canard, maudit car ce qu’il y a lu, lui a  laissé une espèce de malaise.

Il est écrit que les jeunes adolescentes ont vu dans la montagne une lumière comme une paire de jumelle, bien entendu qu’elles n’ont pu dire si elles étaient observés, mais lui, il le  sait et c’est de là que lui vient ce mal être. Il ne va pas aller se présenter à la gendarmerie car après tout dans la montagne  il n’est pas le seul à avoir une paire de jumelles. Il a déjà assez de problèmes avec les femmes, si ces gamines font n’importe quoi, ce n’est pas de sa faute. Et, sur ces bonnes paroles il s’enfonce dans les rues de  la ville à la recherche de ses victuailles pour se ravitailler judicieusement, il ne veut manquer de rien, tout de même il doit faire attention au poids de son sac, et là ce n’est pas gagné. Il ne veut pas dépasser les 7 kg, sinon il va être au-dessus de qu’il se sent capable de porter. Voici le magasin de sport qui lui a été indiqué par une petite vieille qui connaissait bien le GR 5 et qui lui a souhaité bonne continuation. Il a trouvé les bâtons qu’il voulait, et maintenant il reprend son périple. Au début j il a du mal avec la synchronisation de la marche et des bâtons mais petit à petit il prend le rythme et s’envole vers le sommet, il pleut, dans les descentes ils soulagent ses genoux, il avait oublié son accident de ski, et les descentes le lui rappellent. Quant au passage délicat il s’aide et il les passe assez facilement, il lui faut arriver avant 18 h à la petite cabane que lui a signalé un randonneur, il marchait dix fois plus vite et il pense pouvoir le retrouver plus haut. Celui-là avait bien une tête de bandit de grand chemin, et, pourtant c’est lui qui a engagé le premier la conversation lors de son arrêt pour la pause-déjeuner. Juste avant d’arriver au Col de Rimbach, il entend un juron et il voit arriver sur lui venir une dizaine de pierres. Il vient juste de s’arrêter et ne pense nullement à cet homme, pourtant il entend distinctement un appel au secours, décidément le voici toujours face à des gens qui ne savent pas ou poser leurs pieds. Il n’est pas le bon samaritain et il n’a pas envie de se détourner de son chemin. Au moment où il arrive en vue de la petite cabane, il voit sur le côté un homme suspendu dans le vide. Il s’arrête car ce n’est pas un mauvais bougre, pose son sac à même le sol et lui tends la main, il est tétanisé par la peur, en dessous de lui c’est le vide, s’il lâche c’est la mort.

  • « Petit à petit il m’affole car il ne fait rien pour essayer de remonter et  je me sens glisser vers lui, si je continue ce n’est pas un homme qui sera fracassé en bas mais deux. Aussi je le regarde et lui demande de faire un effort, mais il me dit qu’il ne sent plus sa jambe et qu’elle doit être cassée. Je lui fais comprendre dans un premier temps que je ne peux pas le soulever, il semble plus grand et surtout il est plus lourd que moi, aussi je prends une décision, certes horrible mais il faut que je sauve ma peau. Je lui lâche la main et l’inconnu bascule dans le vide. »

A suivre

Commentaires

  1. Ouille, ouille, lâcher un homme dans le vide, ce n’est pas rien ! je comprends qu’il ait voulu sauver sa peau mais quel dilemne et comment vivre avec ça après ?
    Bisous

  2. Et ben dis donc! Le mauvais sort semble le suivre. brrr! S’il y a un témoin quelque part de la scène avec un APN, il est bon comme la romaine! Chantage au bout du fil de sa vie
    Gros bisous!!!

  3. Mauvais sort ou mauvaise volonté? cet homme me semble avoir une drôle de moral! Lâcher un homme ne pas porter secours à une personne qu’il voit tombé…..Même si, il a été plaqué ça ne justifie pas et surtout en montagne ou l’aide et de rigueur…..C’est un criminel ou quoi? Bisoussss

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