Chapitre 5 Un drôle de retour

Le weekend est passé très vite car elles n’étaient pas nombreuses.  Avec Mademoiselle Chenay elles sont parties camper et les fillettes se sont bien amusées. Elles ont appris à faire du feu comme chez les guides, ce que France ne connaissait pas. Elles ont mangé des shamalows cuits au feu de bois, cela a été une découverte pour toutes les fillettes, cueilli les dernières framboises et de rares myrtilles. Elles sont montées au lac par un petit chemin escarpé et avec des jumelles elles ont vu l’internat, pas plus grand qu’un petit pois. Comme elles ont ri au petit matin lorsqu’elles ont vu l’animatrice, qui est aussi leur professeur de français à l’internat, en chemise de nuit, les yeux tout gonflés et les cheveux en pétard, elles en hoquetaient  et pendant ce temps ne pensaient pas à leur parents.

Les semaines d’école et les weekends passés sur place se sont enchaînés sur le même rythme et Noël était là avant qu’elles ne s’en rendent compte.

Léa et France attendaient leur papa respectif, c’est Léa qui aperçoit son papa la première, suivi par celui de France. Les petites filles les présentent tour à tour, ils se serrent la main, échangent des banalités, mais tous les deux sont heureux que leurs filles se soient liées d’amitié. De cette manière, ils savent que l’internat leur paraît moins contraignant. Chacun se souhaite un joyeux Noël et part de son côté, mais auparavant les fillettes se sont jetées dans les bras l’une de l’autre, en se promettant de se téléphoner tous les jours, ce qui fit rire le papa de Léa.

La route a paru fort courte à France qui n’a qu’une hâte, retrouver la vie paisible dans leur appartement du quartier de la Croix Rousse. Dès qu’elle franchit le seuil, elle s’aperçoit que le joli guéridon en chêne massif n’est plus à sa place, mais plus tard elle va se rendre compte qu’il n’est plus du tout chez eux. Dans la chambre de ses parents, la commode n’y est plus, elle n’ose en demander la raison à son père. Sa nounou a quitté la maison dès son arrivée à la pension, mais le pire c’est le chauffeur de son papa, il n’est plus là et la grosse limousine dont on se servait pour partir en vacances et qui l’avait emmenée en Suisse a aussi été vendue. France se rend compte que les choses vont mal pour sa famille.

Le soir son papa l’emmène au restaurant, cela sent bon les sorties en tête à tête d’autrefois. Le lendemain elle est livrée à elle-même car son papa travaille, demain Bonne Maman arrivera, elle sera moins seule.

La veille de Noël ils iront dans l’ancienne maison de famille dont le grand cousin a hérité au moment de la mort de son père, et qu’il habite depuis son retour des Etats Unis au cours de l’été passé.

Celle qui lui manque le plus c’est sa maman, elle lui a bien téléphoné mais il lui a semblé que sa voix était entourée de coton, elle parlait bizarrement comme si elle avait pris un trop grand nombre de cachets. Ce devait être le cas, car lorsqu’elle l’avait vue avant de partir à l’internat, elle dormait tout le temps etson papa avait dit que c’était la faute des cachets. Pauvre Maman qui ne s’était même pas rendu compte que sa petite fille était en internat  en Suisse. Elles devraient se voir pour les fêtes de Noël mais son papa n’avait pas l’air de l’envisager.

Elle en est là dans ses pensées lorsqu’elle entend des cris à l’extérieur, dans la petite cour où son papa met la voiture. Elle regarde par la fenêtre et voit son grand cousin crier sur son oncle. Heureusement sa grand-mère arrive avec son chauffeur et s’interpose entre son fils et son petit-fils, elle essaye de les calmer, mais le grand cousin entre brutalement dans le hall et dévisage sa cousine d’un air mauvais :

–      Sale gamine qu’as-tu à me regarder, on écoute aux portes maintenant ?

Les grands yeux verts de France se remplissent de larmes, elle s’empresse de quitter le bas et remonte rapidement dans sa chambre, elle ne refera surface que lorsque son cousin lui fera signe pour le repas.

Hélas quand elle descend, elle ne voit ni son père ni sa grand-mère. Le grand cousin qui répond au prénom de Fabien lui dit en ricanant bêtement :

–      On va manger en tête à tête.

Décidément, elle qui pensait pouvoir manger tranquillement  n’en n’a plus envie tant le regard goguenard de son cousin la transperce jusqu’aux os.

–      Tu es comme tes cousines tu veux garder la ligne, tu ferais mieux de manger car tu ne sais pas qui te mangera.

 

–      Toi  peut-être ose-t-elle lui répondre.

 

–      Qui sait ? Si ce n’est pas toi que je mange tout cru, ce sera ton père, je ferai de vous une bouchée.

Et sur ces mots lourds de conséquence il se lève et la laisse seule devant son assiette pleine à ras bord. Elle arrive à avaler, et se demande ce que peut bien faire Fabien dans leur appartement, il a sa maison. Elle l’entend marcher dans le bureau de son père, elle irait bien voir mais elle a peur de se faire houspiller, voir même gifler, il en serait bien capable. Il a une mine renfrognée, des cheveux coupés courts, des chemises blanches et un costume bleu marine, pire qu’à l’internat, alors qu’il pourrait s’habiller beaucoup plus gai.

Soudain la porte d’entrée s’ouvre, c’est Bonne Maman qui rentre, mais papa ne l’accompagne pas, décidément il est pire qu’un courant d’air. France va profiter de l’absence de son cousin et de son père pour poser les questions qui lui mangent la tête depuis qu’elle est à l’internat, elle veut connaître la raison pour laquelle son papa et Fabien se disputaient.

Sa grand-mère semble fort ennuyée que sa petite fille lui pose cette question, aussi elle élude sa réponse et fait une pirouette en lui disant que  ce sont des affaires de travail et de grands, qu’elle prendra la direction du laboratoire quand elle aura l’âge de le faire, mais que pour l’instant elle doit vivre sa vie de collégienne. Quelle fin de non-recevoir pense France, alors qu’elle se dirige en compagnie de sa grand-mère dans le salon. Elles prennent place toutes deux, pendant que Fabien joue du violon. Elle trouve que c’est triste, et petit à petit elle sombre dans le sommeil. Sa grand-mère pensant qu’elle dort d’un sommeil profond, s’adresse à l’aîné de ses petits-fils en lui demandant quelle mouche l’a piqué ce soir en arrivant, alors que son oncle lui avait ouvert sa porte en attendant que les travaux soient terminés chez lui.

–      Bonne Maman, il est en train de faire n’importe quoi aux Laboratoires Delmas, Grand-père doit se retourner dans sa tombe.

–      Voyons Fabien, tu sais bien que ton oncle est un imminent chercheur.

–      Cela je ne le  conteste pas, Bonne Maman, mais par contre il ne sait pas tenir le portefeuille, à cette allure tôt ou tard il sera obligé de licencier.

France entend tout ce qui se dit entre eux deux, jusqu’à ce que son père fasse une entrée fracassante dans le salon.

–      Vous n’avez pas besoin d’en informer ma fille, je me dois de la protéger.

–      Ah je pensais qu’elle dormait répond sa grand-mère.

–      Tu aurais dû t’en assurer, Maman, et toi Fabien je te remercie de jouer chez moi les trouble-fêtes alors que j’ai eu l’amabilité de te recevoir pendant que  ton lit arrive. Sais-tu qu’il y a un hôtel en bas de la rue, si tu veux tu peux prendre tes dispositions et t’y rendre.

–      Laissez tomber mon Oncle, votre fille n’est pas en sucre et il faudra bien qu’elle soit mise au courant, ce n’est pas quand je vous aurai viré que vous lui direz vos manières de mettre à feu et à sang l’entreprise familiale.

Mais elle n’entend plus car elle sest endormie. Heureusement, elle ne le saura qu’après les fêtes de Noël, à nouveau par une indiscrétion de Fabien.

 

Prochainement la suite du chapitre 5 

 

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