Troublante histoire / B

Les carmagoles (3/5)

 

Une fois la petite partie et après avoir frotté les carreaux de sa loge, Madame Tiberotte s’était rendue dans sa chambre, avait soigneusement fermé la porte à clef, s’était agenouillé sur le côté, tiré le tapis qui était sous son lit. Sur celui-ci était déposé un coffre marron avec une petite serrure dorée. A son cou il y a une petite clef, elle défait son collier original, dédaigne la petite vierge et prends la clef, elle l’introduit dans la serrure, un petit déclic et le couvercle se soulève seul.

Méticuleusement elle passe un à un les papiers que lui avait confié le jeune du septième, vu que personne ne semble intéressé par cette mallette mais plus à son contenu elle s’est bien gardé d’en parler à qui que ce soit. Elle ne pense pas détenir une fortune. Pourtant quand elle se relève, elle est fébrile, à l’intérieur se trouve une reconnaissance de dettes d’un montant pharaonique. Mais il n’y a pas la recette des fameuses carmagoles. Elle referme soigneusement le coffre et décide de le changer de lieux, celui-là est facile à trouver, elle doit enquêter pour savoir qui est ce Monsieur Fouchet, elle connait tout de lui, son adresse, son numéro de téléphone. Il va falloir jouer fin, car l’autre a peut-être eu vent du décès du jeune homme, il ne faut pas qu’elle se jette dans la gueule du loup. Après avoir soigneusement planqué le coffre à un endroit connu d’elle seule, elle se précipite dans sa petite cuisine et cherche le bottin, elle trouve rapidement le nom et prénom de l’homme, la rue correspond parfaitement. Elle va pour l’appeler avec son téléphone, quand soudain elle se ravise et sort précipitamment de sa loge pour se rendre à la boutique du coin récupérer un téléphone prépayé, puis s’en retourne chez elle sans se méfier de cet homme étrange qui fait les cent pas dans la ruelle attenante.

Le téléphone est posé sur sa table, elle a un instant d’hésitation, puis elle se décide enfin et fait le numéro qu’elle a soigneusement noté sur un papier.

Une sonnerie, puis deux puis trois, puis une dizaine, elle va raccrocher lorsqu’elle entend un raclement de gorge et une voix caverneuse lui répondre :

  • Allo qui est à l’appareil ?
  • Je suis la mère de Mr Ludo

A ce moment-là un grand bruit se fait entendre puis, plus rien, elle a beau crié, allo, allo, personne ne lui répond. Elle raccroche et décide de se rendre sur place, elle veut en avoir le cœur net. Elle prend sa voiture, dans son sac à main elle a pris la reconnaissance de dette et elle se rend au domicile de cet homme. Elle met plus d’un quart d’heure avant de réussir à trouver une place, enfin la voici garé ; soudain son regard est attiré par le mentor de la petite, il fait le trottoir, il a l’air affolé. Elle va en avoir le cœur net, elle prend son téléphone et rappelle Monsieur Fouchet, si c’est lui il décrochera son téléphone, dans le cas contraire, elle attendra son départ.

  • Allo ici la mère de Ludo ne raccrochez pas ? Je vous vois, vous connaissez la raison de mon appel et aussi de ma venue.

Effectivement le fameux Mr Fouchet est le mentor de la chérie du fils de Carmagole, qu’est-ce que c’est que cette embrouille, pense-t-elle ? Enfin il daigne lui répondre.

  • Que me voulez-vous ?
  • L’argent !
  • Comment le savez-vous ?
  • J’ai en ma possession votre reconnaissance de dette, demain même heure, vous déposerez dans la poubelle qui se trouve derrière vous la moitié de la somme, pour le reste, j’aviserais.
  • Demain c’est trop tôt !
  • Je suppose que vous avez un bon travail, mon fils m’a parlé de vous, alors n’attendez pas trop car je mets mon avocat sur le coup et ce n’est pas un million que vous me donnerez mais le double plus les intérêts. Vous auriez déjà dû lui rendre la somme. J’en connais un rayon sur vous, y compris que vous connaissez la fiancée de mon gamin.
  • La fiancée de qui ?
  • De Ludo

A ce moment-là j’entends un éclat de rire, puis il a raccroché, je ne dis rien, attends pour voir ce qu’il va se passer, mais l’homme reçoit un autre appel téléphonique et il change de direction et vient à ma rencontre, vite je dois me plaquer contre mon siège, il n’en n’a pas après moi, c’est une coïncidence, il passe son chemin et monte vers le haut de la ville, je ne vais pas m’amuser à le suivre, je vais plutôt jeter un coup d’œil à son appartement, tout au moins voir si je pourrais m’introduire chez lui en son absence.

Me voici devant la porte cochère, c’est juste à ce moment-là que je vois Rose Perrin une amie concierge comme moi.

  • Ma Rose mais que fais-tu là ?
  • Marie je travaille ici depuis un mois,
  • Ah, allée de la Chaize,
  • Oui ? Tu viens voir qui ?
  • En fait j’ai eu des mots avec un de tes locataires ;
  • Oui ? Lequel ? Ne me dis pas que c’est le barbouilleur de toiles.
  • Et si c’est bien de lui qu’il s’agit ; tu le connais bien ?
  • Oui, mais méfie-toi de lui ce n’est pas un gentil, il ne t’aurait pas fait une toile par hasard ? Car tous les jours des gens défilent pour réclamer leur œuvre et Monsieur les congédie.
  • Effectivement, mais ce n’est pas à moi qu’il la doit c’est à la fille d’un de mes locataires. Tu n’aurais pas une clef ? Je vais aller voir s’il a le tableau chez lui.
  • Je veux bien mais ne t’attarde pas, donne-moi un numéro de téléphone et si je le vois rentrer tu sors et tu montes un étage plus haut et tu redescends, d’accord.
  • Tu fais sonner mon téléphone, mais je vais le mettre dans ma poche et en vibreur.

Aussitôt dit aussitôt fait, la clef à la main Madame Marie Tiberotte prend l’ascenseur, en montant elle glisse son téléphone personnel dans sa poche, mets le second dans son sac après l’avoir éteint. Elle introduit la clef dans la serrure et entre dans l’appartement qui sent un drôle d’odeur entre pipe froide et acétone avec un arrière-goût de moisi. Elle ne va pas traîner longtemps dans ces pièces car elle a déjà un haut le cœur. Elle passe de pièces en pièces sans vraiment s’arrêter, au mur il y a certes des toiles mais on dirait plus de vieilles croûtes. Même dans la cuisine il y a deux toiles une représente un saladier avec des pommes et à côté une bouteille de vin a moitié pleine, l’autre c’est une corbeille avec des bananes, cela ne casse pas une patte à un canard songe-t-elle ? Dans le salon il y a des peintures représentant des scènes de chasse, de pêche, c’est vieillot et moche. Mais plus loin il y a un petit atelier de peinture et là c’est totalement différent une femme nue offerte au regard a été peint sur la toile, la femme a un petit air de, mais au même moment elle sent contre sa cuisse vibrer le téléphone, vite elle referme précipitamment la porte et va vers l’entrée, hélas, une clef tourne dans la serrure, elle se dissimule comme elle peut,  entre la porte et le porte-manteau. La porte s’ouvre en grand, elle sent qu’elle est repoussée contre le mur, puis, des pas dans la pièce, elle va sortir, elle voit le mentor qui avance vers sa cuisine, dès qu’il disparaît à ses yeux, elle fonce vers la porte et là elle reçoit un coup de parapluie donnée par la personne qu’elle a entrevue en face d’elle. Elle s’effondre.

 

 

7 réponses à Troublante histoire / B

 

eauteur

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La furie de mes mots

 

Ici

mes mots sont en folie 

comme les vagues.

Le temps qui passe
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