Le coffret (chapitre 12)

 

 

France, assise devant son miroir, réfléchissait aux événements tels qu’ils se déroulaient depuis 6 mois. Certes ce n’était pas très honnête mais dans cette histoire qu’est ce qui était normal ? Rien !

 

Son père était toujours porté disparu, mais depuis ce temps, il était fort improbable qu’il soit encore vivant. L’avait-on tué, ou fait disparaître comme le pensaient Victoria et un tantinet France ? Ou, comme osaient le dire depuis quelques temps ouvertement les salariés du laboratoire, ne pouvant faire face aux problèmes de la Société, s’était-il donné la mort ? Il y avait tant de raisons possibles à cette longue attente. Mais aucune ne seyait à ses filles.

Alors, il avait fallu se décider à passer à une vitesse supérieure, il ne leur restait plus qu’à opérer au nez et à la barbe de Fabien pour s’introduire dans le bureau du patriarche, comme il était encore indiqué aujourd’hui sur la porte. Tout avait été longuement mûri et organisé par France et Victoria, aidées en cela par Léa. Il avait fallu tout d’abord introduire le loup dans la bergerie afin d’espionner les faits et gestes de leur cousin. Victoria, forte de ses résultats obtenus à l’école prestigieuse de Lyon, n’avait pas eu de mal pour se faire embaucher par Fabien Delmas. Mais si elle était venue comme une fleur en lui disant « je suis Victoria Delmas », elle n’aurait eu aucune chance. Aussi avait-elle falsifié son diplôme, la seule chose qu’on lui avait demandée. Comme elle était en CDD et qu’elle connaissait très bien les méthodes de son cousin, elle savait qu’il n’allait même pas la déclarer à l’URSSAF ni du reste à quoi que ce soit, elle ne ferait pas sa fine bouche, elle n’était pas là pour faire des vagues, mais pour observer son cousin et voir quelles étaient ses habitudes. Il lui avait seulement demandé son diplôme et avait émis un sifflement en découvrant ses résultats, à part ça, il lui avait dit qu’il la payerait d’une somme coquette de la main à la main, et que si dans 6 mois elle faisait l’affaire, il l’embaucherait définitivement sous un nouveau contrat. Victoria s’appelait depuis six mois Elise Donat, elle avait mal orthographié le nom de Léa, mais qu’importe puisque tout le reste était faux. Elle s’était entourée de toutes les garanties, elle faisait partie d’une troupe de théâtre avec laquelle elle avait appris à se grimer et à se fondre dans la foule. Le subterfuge durait depuis la moitié d’une année, mais c’était un travail facile pour elle. Ce qui l’était moins, c’était de faire attention à tout, de ne pas reprendre les gestes et les tournures de phrases dont elle avait l’habitude. Aussi, deux jours par semaine, c’est France qui la remplaçait, de manière à ce qu’elle puisse souffler. Fabien ne s’était jamais rendu compte de rien, il les avait  confondues puisque il n’avait jamais fait une seule remarque.

 

Tout cela va bientôt se terminer, mais auparavant il fallait que Victoria et France se retrouvent en même temps dans le bureau et elles avaient décidé que c’était cet après-midi. Depuis six mois que Victoria travaillait, c’est la première journée où elle se retrouve seule ; son cousin est parti sur Paris pour rencontrer une haute sommité. Elle ignore qui cela peut-être, et elle n’a même pas cherché à le savoir. Ce qui lui importait c’est que France puisse récupérer son coffret, au moins cette mascarade s’achèverait.

Elle attendait avec impatience l’arrivée de son ami Denis, le frère aîné de Léa, qui allait l’aider à déplacer le portrait du patriarche qui était fort lourd. Il ne devrait pas tarder. Comme c’était la première fois qu’il venait, il faudrait qu’il montre patte blanche, mais la jeune fille de l’accueil ne devrait pas poser énormément de questions. Enfin l’interphone sonne, et Victoria qui vient d’entrer répond. Denis est annoncé comme étant  son frère, elle ne cherche pas à la tromper, elle lui demande de le laisser monter.

Il ne faut pas perdre de temps, les employés et chercheurs pourraient s’étonner que les volets intérieurs restent fermés si longtemps. Il ne faudrait pas que l’un d’entre eux se montre un peu trop curieux. Le lourd portrait se trouve au sol et, comble de la surprise, le coffre-fort est entrouvert et ils  constatent qu’il a été forcé. Cela a dû se passer récemment, car Victoria avait vérifié pas plus tard que la semaine passée qu’il n’avait pas été ouvert. Cela voulait dire que les événements se précipitaient et cela confortait l’idée émise par Victoria que son papa avait dû parler, si tant et si bien qu’il ait été kidnappé, comme certains de la Famille avaient l’air de penser.

L’idée faisait son chemin dans toutes les têtes. Mais Si Fabien en était l’instigateur il n’avait jamais rien laissé paraître. Quels comédiens dans cette famille pensait Denis, mais en ce qui concerne sa fiancée, c’était louable, elle ne récupérait que ce qui lui était dû. Si Fabien a kidnappé son père, là c’est fort grave, mais ils n’en n’étaient que dans des suppositions. Enfin, le coffret est bien là, il a lui aussi subi quelques détériorations, mais personne n’a réussi à l’ouvrir. Maintenant il va leur falloir s’en aller chacun à leur tour, mais il faut le faire pendant que les employés ne sont pas tous revenus de la pause.

S’il leur prenait l’idée de sortir ensemble, les deux sœurs feraient sensation, mais elles se découvriraient un peu trop tôt. Elles avaient échafaudé un plan parfait, il ne fallait pas se griller avant que le mot fin soit écrit. Leur cousin devait être mis devant le fait accompli, lorsqu’elles seraient certaines d’avoir gagné. De plus si dans le coffret il n’y avait pas ce que toutes deux espéraient, Victoria donnerait sa démission sur le champ et adieu l’espoir d’être la DRH de sa sœur France. Mais on n’en était pas là.

Le coffret est assez important, il est en bois et tout sculpté. Ce n’est pas du travail d’amateur, c’est un bel ouvrage fait main. France veut être certaine qu’elle emporte bien le coffret déposé par son père, pour cela, elle ôte de son cou la fine chaîne d’or que Denis lui avait passé autour du cou cinq ans auparavant. Elle introduit la clef dans la serrure et la tourne. Rien ne se produit. Il ne faut pas s’affoler, elle essaye à l’envers, son père a sûrement eu cette idée de monter la serrure à l’envers. En effet le coffret s’ouvre.

Mais c’est à ce moment-là que la ligne privée de Fabien Delmas sonne. Victoria répond. C’est son patron qui lui annonce son retour pour la fin de la soirée, et il ajoute j’aimerais que vous soyez présente, je pense être là aux alentours de 18 h. Victoria est fort contrariée, ne sachant quoi lui répondre, elle prend la première idée qui lui passe par la tête et lui dit

–        Je ne pense pas être présente, j’ai un fort mal de dents, je vais aller consulter mon dentiste. 

Elle sent dans la voix de Fabien une espèce de doute, et elle ajoute

–        Je serai là demain matin, à l’heure qu’il vous plaira.

Il n’a vraiment pas l’air content, et il lui débite un flot d’injures, comme lorsqu’enfant il les insultait, il y a entre eux deux un moment de flottement, puis Victoria reprend plus rapidement que lui sa maîtrise et lui assène ces quelques mots :

 

–       Monsieur Delmas, je n’ai jamais failli à mon devoir et vu le peu de considération que vous avez à mon égard, je pense que je mettrai rapidement un terme à notre collaboration.

Fabien est surpris par la réponse de sa secrétaire et il ne peut que bredouiller un « je m’excuse » qui ne fait ni chaud ni froid à Victoria.

Elle raccroche et éclate de rire de l’avoir remis à sa place façon Victoria Delmas. C’est la première fois qu’elle se permet cette incartade. Mais il a vraiment exagéré, son rendez-vous a dû mal se passer pour qu’il lui ait aboyé au visage.

10 réponses à Le coffret (chapitre 12)

 

eauteur

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La furie de mes mots

 

Ici

mes mots sont en folie 

comme les vagues.

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