4/15 Une histoire diabolique

Chapitre 4  Les fredaines d’Amaury

 

Pendant ce temps dans le village de Pont d Âne, Amaury menait une vie dure. Pendant deux mois son père l’avait laissé livré à lui même sous la houlette des Frères de la Miséricorde, cet internat était tenu d’une main de fer par son supérieur un personnage assez lugubre qui ne faisait pas de cadeau aux fils de bonne famille qui échouaient chez lui.

Amaury était un jeune homme comme les autres et il ne pouvait pas se vanter de son passé car aux yeux de tous il n’était rien qu’un gamin qui avait mal tourné tel était la constatation de son père et de ses professeurs. 

Il se levait aux aurores pour réciter diverses prières, puis rangement de leurs lits, ensuite un déjeuner au goût étrange ni de lait ni de café, tous s’en contentaient jusqu’au jour où Amaury et un de ces compagnons d’infortune décidèrent de passer à l’action.

Ils avaient remarqué que Frère Théodule avait une clef autour du cou, après de longues veilles ils avaient repéré sous l’escalier qui montait aux dortoirs un porte qui se confondait avec le mur. Aussi d’un commun accord ils épièrent le frère de la cuisine et firent la conclusion suivante que à cet endroit précis devait se tenir le garde manger de  l’internat. Ils décidèrent une nuit de passer à l’action, mais laissons Amaury nous raconter ce moment.

Mon ami Paul était bien décidé à m’accompagner, nous avions dans l’après-midi bousculé le père Théodule, ce dernier s’était accroché à la balustrade et grande chance pour nous la clef était sortie de la cordelette et retombée à mes pieds, je m’en saisis subtilement et avec Paul nous nous confondions en excuse de l’avoir télescopé au détour de l’escalier. Mais Frère Théodule était un brave homme il acceptait nos excuses et s’en allait quand tout à coup un hurlement se fit entendre 

J’ai perdu la clef de la réserve, revenez là chenapans.

Paul et moi nous n’avions qu’une seule envie c’était de prendre nos jambes à nos cous et disparaître dans un trou de souris, mais ses cris avaient alertés d’autres frères qui accoururent dans la minute. Aussi nous étions condamnés à le rejoindre, nous n’en menions pas large. Aussitôt arrivés il nous intima l’ordre de le suivre et nous voilà en train de nous déshabiller pour qu’il nous fouillent de la tête aux pieds. Ni l’un ni l’autre ne pipions mots, il se rendit rapidement compte que nous n’étions en rien fautif, nous n’avions pas la clef. Aussi le plus naturellement du monde nous lui avions proposés nos services.

Nous allons vous aider Père à la retrouver, après tout c’est de notre faute.

Et nous voilà tous autant que nous étions à quatre pattes par terre, cherchant de ci de là, soulevant les fauteuils laissés là depuis des années.

J’ai trouvé cria mon ami Paul,

hélas il avait bien fallu se rendre à l’évidence ce n’était que la cordelette et de clef il n’y en avait point. Le directeur et quelques élèves suivaient la scène, pour les uns en riant, pour le supérieur d’un air sévère. Puis au bout de trois quart d’heures, chacun avait convenu que la clef pourrait réapparaître à tout moment et on n’en n’avait plus entendu parler.

Paul et moi sommes repartis vers notre dortoir, en chemin Paul grimaçait et avait l’air de vouloir me dire je ne sais quoi. Mais j’attendais d’être à l’abri des regards pour m’arrêter et écouter ce qu’il avait à me dire :

Où l’as tu mise cette clef, je t’ai vu la ramasser et pourtant tu ne l’as plu.

Regarde !

Au même moment nous passions devant un ancien confessionnal qui servait de cachette au plus téméraire, je me penchais et soulevais une des lattes du premier escalier et exhibais fièrement la clef de la soupente du garde manger.

Nos yeux brillaient, il nous fallait rapidement s’y rendre car dans les prochains jours la serrure serai certainement changée. Aussi après avoir mis dans la confidence les plus vieux et téméraires de nos compagnons nous avons décidés que le soir même nous irions faire une razzia dans le garde manger. Nous étions tous de futurs hommes et ne pas manger ou tout au moins pas à notre faim nous avaient donnés des ailes et cela brouillaient toutes nos pensées, nous étions irraisonnables et sans aucune réflexion. 

Ce n’est que vers minuit l’heure du crime que nous sommes passés à l’attaque, à pas feutrés nous avons descendus les deux étages qui étaient en bois, mis les pieds sur les lattes qui ne craquaient pas, soufflés la bougie dès que nous entendions le moindre bruit. Enfin nous étions devant la fameuse porte, qu’allions nous trouvé de l’autre côté ?

C’est dans un silence total que nous avons tourné la clef dans la serrure entrouvert la porte, vu des ombres s’évanouir sur les murs et reniflé une bonne odeur de jambons , de saucissons; un vertige nous avait saisi, c’était la caverne d’Ali Baba, elle rassemblait pas moins de 20 saucissons qui séchaient à des poutres tous aussi grand les uns que les autres. De gros jambons séchaient aussi à proximité, il y avait de nombreuses tartes aux fraises aux pommes aux framboises. On se demandait qui pouvait manger toutes ces pâtisseries, vu que nous n’en n’avions jamais vu la couleur. Mais la faim montant à la surface nous nous sommes assis à même le sol et commencé à déguster qui un saucisson, qui une tranche de gâteaux, qui une tranche de jambons. Nous avons appelés nos amis et nous nous sommes empiffrés de tout ce qui nous tombait sous la main, jusqu’à ce que nous entendions un éternuement suivis d’un hululement signe que ça allait barder pour nous, l’ennemi était en vue. 

Nous avions tellement faim que nous avions certes mis des sentinelles mais elles n’étaient pas restés longtemps tapi dans le couloir, alerté par les effluves elles avaient abandonnées leur poste pour venir dévorer avec nous. C’est à ce moment que nous avons entendu la porte se refermer, la clef tournée dans la serrure, nous étions enfermés dans le garde manger. Passé le premier découragement, nous avons continués à vider consciencieusement les plats qui s’offraient à nous. Ici des fraises cueillis le matin même, là de belles poires juteuses, plus loin des fruits confits, et là oh suprême délice une piquette qui était faîtes par les frères que l’on voyait arriver sur les tables mais pas sur les nôtres. Nous avons mis un bazar pas possible dans les victuailles des frères, quand la bougie n’a plus pu nous donner de lumière nous nous sommes regroupés et avons somnolés, car pour dormir se fut impossible tant il faisait froid dans cette semi cave. 

Soudain la porte s’est ouverte, nous avons vu entré le père fouettard comme tous ici nous l’appelions, suivi du père supérieur et du pauvre père Théodule qui n’en menait pas large. Sans un mot il désigna les deux coupables, Paul et moi. 

Rapidement nous fîmes séparés et je reçu la plus magistrale punition avec un nombre de coups de fouets dont à ce jour je ne m’en souviens pas mais j’ai dû m’évanouir tant cela a duré. Le soir même mon père fut convoqué et je partais sans avoir revu mes camarades. A mon père je me justifiais en lui expliquant que l’on mourrai de faim; à ce jour je sais qu’il m’a cru, mais pour moi rien ne serai comme avant tant que je n’aurais pas su ce qu’était devenu la jeune Jeanne que j’aimais désormais comme un fou.

 

A suivre …

5 réponses à 4/15 Une histoire diabolique

  • pimprenelle dit :

    Pourquoi affamer des jeunes ? Tu parles d’un internat, même religieux.
    Et voilà, mine de rien, tu tires la ficelle et Jeanne est dans le cœur de ce jeune. Que va-t-il leur arriver à tous les deux ?
    Bisous EvaJoe

  • Martine dit :

    Quelle bombance! Ah ces moines! Ils ne valent pas mieux que les soeurs. Là aussi mensonges et cachoteries sont de vigueur. Toutes ces pâtisseries , si fragiles, destinées à leurs gros ventres! On comprend ces pauvres garçons affamés!
    Une suite qui promet
    j’aime l’histoire et son rythme.
    Gros bisous

 

eauteur

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La furie de mes mots

 

Ici

mes mots sont en folie 

comme les vagues.

Le temps qui passe
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